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Mardi 29 février 2000 (Tiens ! Année bissextile...)

Le bus est arrivé vers six heures à la frontière mais celle-ci n’ouvre qu’à huit. Il y a d’autres compagnies concurrentes à côté de nous, autant dire que le passage va être long puisqu’il n’y a que deux personnes (dont l’une semble assez peu active) dans le « bureau » de la migración, une vieille maison tombant en ruine. Et les procédures sont ralenties par le fait que les Boliviens sortant de leur pays doivent s’acquitter d’une taxe. Autant dire que les douaniers vont être vigilants... Le poste frontière est littéralement perdu au milieu de nulle part. À des kilomètres à la ronde : rien ! Des montagnes au loin, seulement. Je pense que nous sommes encore sur les hauteurs de l’altiplano, mais sans doute à une altitude inférieure à celle d’Oruro car il ne fait pas trop froid en ce tout début de matinée.

Côté chilien, ça fait tout de suite plus sérieux. D’abord nous sommes « accueillis » par une équipe de quatre ou cinq personnes qui nous invitent à déposer nos bagages sur une sorte de comptoir au-dehors, afin de les fouiller plus ou moins sommairement. Ah ! enfin ! on va fourrager mon sac, comme dans ces souvenirs que je me suis inventés... Mais le chef passe rapidement sur mon sac, sort les deux ou trois choses qui se trouvent sur le dessus, puis plonge la main au fond, tâte, palpe... Moins de dix secondes lui suffisent pour me déclarer « apte ». Non, décidément, je dois avoir une tête d’ange... Cette équipe fait certainement partie des services du ministère de l’agriculture chargés de surveiller ce qui rentre au Chili en provenance des pays voisins moins rigoureux sur le plan sanitaire. Un panneau indique qu’il est interdit de faire pénétrer des substances, végétales ou animales, non déclarées et non contrôlées. Personnellement, je comprends leur inquiétude avec tout ce que j’ai avalé là-bas, allant de turista en constipation en colique...

À l’intérieur de la petite baraque qui sert de poste, aussi déglinguée que du côté bolivien (mais elle ne doit servir qu’à abriter les douaniers dans la journée car je pense que le lieu est désert la nuit), deux jeunes hommes me reçoivent et enregistrent mon arrivée à l’aide d’un ordinateur portable posé sur la table. Ça respire le modernisme ! Je ne sais pas si je dois vraiment m’en réjouir, mais ne peux m’empêcher de penser à cet instant précis : « Je suis sauvé »... Nous reprenons la route – ou plutôt la piste, car de route digne de ce nom, je n’en ai pas le souvenir –, descendant petit à petit pour nous rapprocher du niveau de la mer que nous atteignons vers les deux heures. Iquique, environ quinze mille habitants, à trois cents kilomètres au sud de la frontière et mille huit cent cinquante kilomètres au nord de Santiago. Je fais quelques pas dans les rues de cette ville calme et propre. Je vais mettre un bon quart d’heure (soit deux fois moins de temps que si j’avais eu un guide dans mes mains !) à trouver le Sernatur (SERvicio NAcional de TURismo), l’office de tourisme, pour avoir un plan de la ville et de la région. C’est chose faite et, avec cet outil en main, c’est vers une plage que je me dirige en premier. Pas pour me baigner mais pour voir la mer de près, ce qui atteste que je ne suis plus dans la montagne...

La mer... La plage... Un supermarché ! Oui, un grand et vrai supermarché : cette fois c’est certain, je suis dans un pays « civilisé » ! Hélas !... Mais je l’ai choisi. Le contraste est saisissant avec les pays que je viens de traverser. Je peux d’ores et déjà mesurer le fossé qui les sépare du Chili, et en déduire que celui qui les sépare de la France est encore plus grand. Pour l’instant, mon plus grand bonheur, c’est de me promener dans la rue librement, sans me faire klaxonner par les taxis à chaque pas. D’ailleurs ici, que des taxis, pas de minibus sauvages et autres collectivos !

Bon, je ne suis pas là pour flâner, voyons. Le stop marche bien. Arlette m’en avait parlé. Elle m’avait dit que c’était très facile et que tout le monde en faisait. Et cela semble effectivement vrai car en moins de cinq minutes, une voiture transportant trois jeunes filles me dépose à la sortie de la ville : et c’est reparti ! Bon, de là, ça devient déjà plus dur. Il me faudra attendre trois quarts d’heure avant de me faire embarquer. Surtout que je ne suis pas seul, effectivement, et mes concurrents font du stop sauvage au plus profond mépris des règles élémentaires de courtoisie. Je vois ainsi une famille, couple plus enfants arrivés depuis même pas dix minutes, me faucher une voiture sous le nez !

Je vais faire un nouveau saut de puce d’une vingtaine de kilomètres avant d’être pris dans une camionnette Coca-Cola (partout, partout...) en compagnie d’un autre jeune homme, sac à dos sur les épaules, qui va vers le sud comme moi. Nous sommes débarqués au beau milieu de nulle part et décidons d’avancer un peu à pied tant qu’il fait encore jour, parcourant quelques kilomètres avant de nous retrouver dans la pénombre. Nous n’avons pas quitté la côte, une bande aride prolongeant le désert péruvien traversé du nord au sud il y a quinze jours. Nous décidons de nous arrêter où nous sommes pour dormir sur la plage, un peu en retrait de la panaméricaine. Nous apercevions alors les lumières d’une ville que nous estimions être à moins d’une dizaine de kilomètres, mais nous avions beau marcher et marcher encore, elle ne se rapprochait pas pour autant ! Mon compagnon est peu bavard, et ce qu’il dit en espagnol m’est incompréhensible. Je sais juste qu’il est chilien, son accoutrement le range dans la catégorie jeune fauché : un vieux jean effilé très large, comme ceux qui habillent les jeunes des cités, un gros manteau matelassé sans manche, une casquette qu’il porte tournée vers l’arrière, et une paire de lunettes de soleil profilées... Je lui offre une brioche et une barre chocolatée achetées cet après-midi dans le supermarché. Ce sera notre repas ! Recru à cause des longues marches de la journée, je m’endors comme un loir dans cette immensité déserte, avec ce luxe inestimable d’avoir la musique des vagues comme berceuse, et le firmament étoilé comme unique horizon...

Mercredi 1er mars 2000

Réveillé avec le soleil vers sept heures, nous déjeunons de ma dernière brioche et de ma dernière barre de chocolat. L’eau va bientôt manquer également. Il faudra faire le plein et manger quelque chose de plus consistant dans la journée car je ne vais pas tenir longtemps comme cela. Je trouve mon compagnon assez étrange. Ce n’est pas l’intelligence qui l’étouffe, semble-t-il. Mais c’est sympa de voyager à deux de temps en temps. En tous les cas, pour l’instant, ça l’est !

Nous comprenons vite que ce que nous prenions hier soir pour une ville n’est autre qu’une usine construite au bord des flots. De gros cargos s’affairent autour de ce complexe industriel qui ressemble vaguement, de là où nous nous trouvons, à une station de raffinage.

Très rapidement, un pick-up va s’arrêter et nous prendre dans son coffre. Au grand air ! C’est vraiment très agréable, d’autant qu’il va nous conduire jusqu’à Valparaiso, d’après les dires de mon compagnon qui a échangé quelques mots avec le chauffeur. Confortablement installé, enfin le plus confortablement qu’il est possible dans ce genre d’endroit, je regarde défiler le paysage : la mer à gauche, des petites montagnes à droite... Par contre, je vais m’attraper un de ces rhumes avec les courants d’air ! À l’approche d’un contrôle de police fixe, nous sommes débarqués pour passer séparément. De nouveau, un policier fouille « légèrement » mon sac, mais encore plus rapidement qu’hier matin. Sans problème. Nous reprenons la route vers le sud dans la camionnette. Un peu plus tard, le passager avant nous fait signe de ne pas nous montrer, certainement à cause d’une « brigade volante » circulant dans les environs. Nous disparaissons donc derrière les rebords de la plate forme arrière pendant quelques minutes. Arrivés à Antofagasta vers trois heures, je comprends que nos hôtes n’iront pas plus loin. Tiens, je croyais qu’ils allaient à Valparaiso. Est-ce moi qui ai mal compris ? Ou peut-être mal posé la question ?

Je m’applique à exécuter les manœuvres de survie, comme en arrivant dans toute ville inconnue, en recherchant un plan que je trouve assez facilement. Ensuite je change des dollars en monnaie locale, le peso chilien, et enfin m’achète quelque chose à manger. Il était temps ! Pour sortir de la ville, nous prenons un bus. Le choix du numéro se fait en s’aidant du plan de la ville et des noms des quartiers ou des directions... Je paye mon billet... et celui de mon compagnon, me rendant vite compte qu’il n’est pas dans ses intentions de me rembourser un jour ou l’autre ! Bah, ce n’est pas trop grave. Cependant, il ne faudrait pas qu’il prenne l’habitude de vivre à mes crochets... Une fois arrivés à destination, et après avoir marché un peu, une voiture nous monte en haut d’une colline pour nous laisser en plein milieu de la pampa chilienne, un plateau à quelques centaines de mètres d’altitude qui fait la liaison entre la côte, à l’ouest, et la cordillère des Andes, à l’est. Dans les environs il n’y a que des usines, de grands complexes miniers et une station service où je vais refaire le plein d’eau. Mon compagnon commence à devenir indésirable. Je décide de continuer à marcher en direction du sud, tandis que lui préfère attendre là pour faire du stop. Quelle aubaine ! Je quitte donc cet étrange personnage, peu bavard et très énigmatique, dont je ne comprenais pas grand chose... Je ne pense pas qu’il soit un représentant type du Chilien. Que sais-je ? Peut-être simplement un jeune fauché rejoignant sa famille après quelques mois d’absence pour aller chercher du travail.

Je poireaute depuis une bonne heure et m’apprête à me faire à l’idée que je vais passer ma deuxième nuit dehors ici même, quand un poids lourd surgi du haut de la colline vient s’arrêter près de moi. À bord de la cabine défilent les kilomètres avalés par l’engin sur la longue ligne droite de cette panaméricaine qui pourfend le désert. Mon chauffeur est très gentil. Il m’offre un peu de pain, me propose une boisson, et même de s’arrêter à un certain endroit pour faire une photographie car il y a quelque chose d’intéressant à voir. Mais je refuse car j’ai peur de le retarder, ne comprenant pas qu’en fait il est très fier de me montrer son pays. Je ne peux pas non plus satisfaire sa curiosité – et m’acquitter par la même de ce pour quoi il a accepté de me prendre à bord – en répondant à ses questions que je ne comprends pas. J’essaye, pourtant, je fais des efforts pour décoder ce qu’il veut me dire, ce qu’il me demande. La seule réponse que je peux lui donner, outre mon origine et ma destination, c’est que je ne suis pas marié, casado, lorsqu’il me montre sa propre alliance d’un air interrogateur. De plus je suis mort de fatigue, mes yeux se ferment, je m’endors à moitié. Il est plus de onze heures...

Arrivé à Chañaral, le conducteur stoppe son engin car il compte passer la nuit ici, et débarque cet énergumène incapable d’aligner une phrase. Je décide de prendre une chambre : je tousse énormément, suite à ma balade dans le coffre du pick-up, et je ne me vois pas dormir dehors. Je ne paye pas trop cher, six euros, pour passer la nuit au chaud.

Jeudi 02 mars 2000

Je me lève alors que midi approche, prends une douche (je ne sais pas quand j’aurai l’occasion d’en reprendre une), et me mets en route. Attendant sur la chaussée au bord de la mer, j’étais paré, sac à mes pieds et pouce levé, quand je vis un jeune couple, une quinzaine d’années peut-être, passer devant moi de l’autre côté de la rue. L’endroit était désert, je ne voyais pas bien où il pouvait aller. Le quittant des yeux quelques secondes pour guetter les véhicules, il avait disparu lorsque je regardai de nouveau en face. Je le croyais envolé, volatilisé, jusqu’à ce que j’aperçoive juste en face de moi un buisson qui commençait à s’agiter et à émettre des sons étranges... Ah ! Alors ça se passe comme ça, ici ? Bon, un peu de pudeur, je vais laisser mon buisson parlant s’agiter tranquillement et m’éloigner encore un peu, surtout que je suis là depuis vingt bonnes minutes et personne ne s’est arrêté. Je longe la route, grimpe une petite colline et, dix minutes plus tard, me retrouve à bord d’une camionnette allant jusqu’à Copiapo. Je parviens à échanger quelques mots avec l’homme que je comprends mieux que mon hôte précédent. Il semblerait que mon espagnol s’améliore à vitesse « grand V » ! Une fois débarqué, je m’aperçois que je suis reparti dans la pampa. La route qui longe la mer doit être en rénovation... ou en construction. La ville me fait penser à une oasis dans le désert. Je me restaure d’un sandwich acheté dans une station service, puis m’éloigne du centre afin de recommencer cette éternelle cérémonie du pouce levé...

Après environ une heure (plus je me rapproche de Santiago, plus l’attente au bord de la route est longue !), un jeune homme s’arrête et me fait monter dans son pick-up. C’est incroyable le nombre de véhicules de ce genre qui circulent : c’est le troisième dans lequel je voyage depuis deux jours. Le chauffeur travaille pour la compagnie Shell, responsable de je ne sais plus trop quoi, il se déplace souvent dans le pays et semble satisfait de son boulot. Nous parlons beaucoup, beaucoup plus qu’avec tous les autres conducteurs réunis. De tout et n’importe quoi, de ce qui est caractéristique de ce genre d’embardée : d’où je viens, ce que je fais ici, etc., et de ce qui l’est moins : de la contrefaçon de cassettes audio au Chili, par exemple... Et, très gentiment, l’homme m’offre un coup à boire dans un bar restaurant planté au bord de la route en plein milieu de nulle part. Je ne sais pas si, comme dans le centre de tri à Denver, je comprends mieux et je suis mieux compris parce que mon interlocuteur est plus cultivé que les précédents ou si j’ai fait de gros progrès en langue pendant la nuit, mais en tous les cas, c’est bien plus enrichissant, pour lui comme pour moi. Allez, c’est décidé, lors de mon prochain séjour, je pourrai soutenir une conversation de base avec n’importe qui. Avant de nous séparer, j’ai droit à un porte-clefs et un stylo avec le logo de la compagnie : chouette !

Je dois énormément marcher pour sortir de Vallenar où l'on vient de me déposer, puis gravir une petite colline pour me retrouver au début d’une très longue ligne droite de plusieurs kilomètres que je n’ai pas envie d’attaquer à six heures du soir. Les rares véhicules qui filent n’ayant visiblement pas l’intention de me faire monter à leur bord, je décide de passer la nuit ici. Je n’ai que l’embarras du choix pour poser mon sac de couchage, mais les cailloux ont l’air peu confortables, alors je me dirige vers une petite maison apparemment abandonnée. À quelques dizaines de mètres, une vieille remorque s’offre à moi pour la nuit. Je commence à m’installer dans ce que j’avais pris pour un endroit fantôme lorsqu’un vieux personnage arrive et me surprend, tandis que je commence à préparer mon « lit ». Sans aucune agressivité, il me parle dans un espagnol incompréhensible : je suis rassuré, j’ai encore du boulot ! Ce que je crois comprendre, c’est qu’il ne veut pas que je reste ici pour le moment, que je pourrai revenir, mais plus tard, une fois le soleil complètement couché. Bon, c’est d’accord, je m’en vais. Je traverse la route et me résous à dormir sur un banc de sable sans doute pas plus inconfortable que les planches de la remorque. Après avoir installé mes affaires, fin prêt à me glisser dans ma couche, je me mets à penser à toutes les bestioles rampantes qui vont bientôt sortir de leurs tanières pour aller croquer un bon morceau de chair fraîche. Serpents, araignées, scorpions peut-être... Brrrrr ! Avec la chance que j’ai il y en a bien une qui va terminer dans mon sac de couchage. C’est vrai que je dors seul depuis plusieurs semaines et qu’un peu de compagnie, peut-être... ? Non ! Allez, je retourne où j’avais projeté de dormir, en hauteur sur la plate-forme en bois près de la maison, et tant pis si je m’en fais déloger une nouvelle fois. Finalement, tout se passe bien car je pense avoir bien compris ce que le vieil homme m’avait dit. Incroyable de constater qu’une fois de plus, aidé par des gestes, j’ai « communiqué » avec un étranger sans vraiment comprendre les mots qui sortaient de sa bouche...

Plusieurs véhicules sillonnent la route située à deux cents mètres, essentiellement de gros camions. Surtout, une myriade d’étoiles dans le ciel pur du désert. Pas étonnant que trois observatoires astronomiques aient été construits dans les environs ! Je me réjouirai encore longtemps après – en rédigeant ces notes notamment – de ce luxe inestimable : l’espace, et de cette nouvelle nuit à la belle étoile. Même si je vais finalement peu dormir cette nuit, à cause du froid assez piquant et de l’inconfort de ma couche.

Vendredi 03 mars 2000

À mon réveil, dès potron-minet, je m’aperçois qu’il y a une agitation importante près de l’entrée où je me trouve. Des camions vont et viennent entre la panaméricaine et les bâtiments dans le fond, ceux que je croyais abandonnés. Je comprends que le site est une mine exploitée. Les travailleurs regardent un peu curieusement, et avec un léger sourire, ce fou qui a passé la nuit ici et est en train de s’éveiller doucement... Je range mes affaires, mange quelques biscuits et, frais et dispos, je reprends la route, marchant et marchant encore le long de cette interminable ligne droite. Il me faut une bonne heure pour en venir à bout ! En haut d’une petite côte, un ou deux restaurants relais, puis un tournant – enfin ! – suivi d’un panneau STOP : la chaussée est coupée par une voie ferrée. C’est de l’autre côté que je choisis de m’arrêter pour m’exercer à mon art favori du moment. C’est un endroit stratégique car tous les chauffeurs sont très dociles et marquent invariablement l’arrêt, prenant mille précautions avant de franchir les deux lignes métalliques parallèles qui traversent la route. C’est surprenant de prime abord, mais quand je vois passer dans un fracas épouvantable un train d’une longueur effroyable, je comprends cette prudence. Ces convois sont des trains minéraliers qui transportent la production probablement extraite des endroits comme celui près duquel j’ai dormi cette nuit. Je me souviens maintenant le doux ronronnement qui a rythmé ma nuit : il devait s’agir de machines tournant sans discontinuer dans les entrailles de la terre.

Il est temps que quelqu’un s’arrête car si je mets bout à bout le temps d’attente d’hier soir et celui de ce matin, cela fait bientôt trois heures que je patiente. C’est qu’il n’y a pas foule sur cette route, et parfois on me fait signe qu’on aimerait bien pouvoir me faire monter, mais il n’y a plus de place, ni à l’intérieur, ni dans la benne... J’ai peut-être un avion dans cinq jours, et j’ai parcouru déjà les deux tiers du chemin, cela devrait aller. Cependant, j’ai aussi des gens à voir à Santiago... Je suis sauvé par un vieux bougre qui me fait monter à bord de sa... camionnette, bien sûr ! Le début est assez difficile, puis l’atmosphère se détend et devient franchement conviviale. Je discute d’un tas de choses avec le conducteur, comprenant de mieux en mieux ses propos. Je relance même parfois la discussion dans une autre direction ! Débarqué à La Serena, je me restaure dans un McDo. Un « vrai repas », bon marché et nourrissant (aïe ! j’entends toujours des gens qui hurlent ; je pensais qu’ils auraient brûlé le livre depuis longtemps !)... Il fait toujours aussi chaud (depuis que je suis au Chili, je n’ai eu que du beau temps), mais je continue mon chemin à pied. C’est réellement de plus en plus difficile d’arrêter une voiture. Étant trop près du centre, je monte dans un bus pour m’éloigner un peu. Hélas, je me rends compte que cette ville est très étendue. Je marche, ne voyant pas le bout de l’agglomération, et finis par atterrir dans une station service près d’une voie rapide où je vais commencer à patienter durant de longues minutes le deus ex machina qui me tirera d’affaires.

Ah ! la station service dans l’aire d’autoroute, un mauvais souvenir. Je regarde autour de moi, je ne vois pas de panneau suggérant que des auto-stoppeurs auraient laissé leur peau ici... Devant moi défilent plusieurs bus qui vont à Santiago, et l’idée commence à m’effleurer l’esprit d’en prendre un pour achever ce voyage, car j’ai peut-être encore atteint mes limites en terme de stop. Peut-être mon pouce est-il fatigué ou, pire, cassé... Mais non ! Une voiture vient faire le plein puis s’arrête à ma hauteur alors que je suis assis sur le rebord du trottoir à la sortie de la station, dans la même position que sur l’aire de Narbonne lorsque ma « sauveuse » espagnole est arrivée à point nommé. Ici, mes Zorros sont une bande de quatre jeunes Chiliens, un conducteur et trois passagères, et leur Tornado est une voiture asiatique modèle « sport », petite et déjà bien remplie. Cela ne les empêche pas de me proposer de monter dès que je leur ai dit où j’allais. Par chance, ils rentrent à la capitale, après des vacances bien méritées. Me voilà aux côtés d’une très jolie Chilienne, dans ce véhicule qui va me permettre de boucler mon voyage. Eh ! les jeunes ! Vous êtes fatigués ? Notre voiturée est bien silencieuse. Les filles commencent à s’endormir tandis que le conducteur, se prenant pour Fangio, se concentre sur la route pour faire quelques pointes à 150 ou 160 à l’heure. Nous arrivons à bon port dans la soirée, à la nuit tombée, si bien que je ne peux pas voir le visage de cette cité, but ultime de mon voyage. Mes charmants compagnons m’indiquent comment me rendre dans l’auberge de jeunesse dont je leur indique l’adresse emportée avec moi depuis la France, et me laissent près d’une station de métro... Je vois mes sauveurs partir au loin, couler bientôt sous le flot des feux rouges de voitures qui font ressembler cette avenue aux Champs Elysées un soir d’hiver à sept heures.


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