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Départ en bus de Paris pour Bruxelles. J’ai une très vague idée de mon itinéraire : « pousser » jusqu’au sud-est en Bulgarie, où j’ai théoriquement un contact, puis revenir vers la Méditerranée pour me diriger vers l’Espagne et le Maroc pour explorer l’Afrique... Mais tout cela est loin, loin devant, et mon aventure commence dès les premiers kilomètres avec cette question si simple et pourtant si excitante : où vais-je dormir ce soir ? Je n’ai pas de guide de voyage et mon seul outil pour m’aider à me loger, ce sont les quelques pages du guide des auberges de jeunesse d’Europe que j’ai arrachées avant de partir. J’ai tout de même une adresse dans Bruxelles. Pas de plan précis, juste un bout de carte pour me rendre où je veux aller. Oh ! on parle français à Bruxelles, je me débrouillerai une fois sur place. Ça peut paraître peu de choses, mais ne pas savoir où l’on va dormir le soir même, c’est déjà un peu l’aventure, surtout avec les contraintes financières que je m’impose : dépenser le moins possible. Attention ! cela n’a rien à voir avec le départ en vacances, quand on se dit : on trouvera un hôtel sur la route et on y passera la nuit. La première pensée qui vient, c’est : et si je ne trouvais pas d’endroit bon marché ? Et si je devais dépenser une fortune dès le premier soir dans un hôtel ? Combien de jours tiendrais-je à un tel rythme ?... Mais ne dramatisons pas, et rendons-nous donc à l’adresse indiquée par le guide. Depuis la gare routière, juste à côté d’une gare ferroviaire, je mets mon sac sur l’épaule, et c’est parti !
Le plan que vous avez n’est jamais à la bonne échelle : dur d’être précis sur une mini carte de cinq centimètres sur cinq. Alors on marche. On est bien venu pour ça, non ? Au bout de trois quarts d’heure, je trouve l’endroit. Ça ressemble à quoi une auberge de jeunesse ? En général, c’est très accueillant, on y est rarement formaliste, la réception étant quasiment toujours tenue par des jeunes (normal !) qui parfois ne sont pas des autochtones. Il n’est pas rare qu’un voyageur de passage y travaille, ça permet de gagner un peu d’argent ou de passer des nuits gratuitement. L’accueil est sympa, mais il y a un hic : il n’y a plus de place... Cela ne m’effraie pas trop car je me souviens avoir lu récemment un bouquin précisant que dans les auberges de jeunesse, on se débrouillait toujours. S’il n’y a plus de place, on en trouve, quitte à mettre un matelas par terre, on ne laissera jamais un voyageur à la porte. Aïe ! il y a un autre hic : le jeune que j’ai en face de moi n’a pas l’air d’avoir lu le livre, lui ! Il n’est pas très dynamique, et je comprends que je vais devoir me débrouiller tout seul. Après cinq minutes de discussion, il m’apprend qu’il existe une autre auberge pas très loin. Elle ne figure pourtant pas sur mon bout de papier. Ah ! les guides !! Bon, eh bien, je vais aller voir. Je m’installe bientôt dans ma... « chambre », un dortoir d’une bonne dizaine de lits...
Je ne résiste pas à l’appel de la balade immédiate. Et puis il faut bien se sustenter. Voilà d’ailleurs le deuxième grand problème du voyageur après le logis : où manger (et dans certains pays, la question qui se pose est surtout : que manger ?!). Alors je vais profiter de l’appel de mon estomac pour commencer ma visite. Je prends le métro et atterris en plein centre-ville. « Bruxelles, ma belle » est un peu morte ce soir ; il y a peu d’animation, mis à part quelques bars desquels sort de la musique hurlante. J’ai l’impression que chacun essaie de mettre sa propre musique plus fort que celle du voisin. Ils sont fous ces Belges ! Après mon repas, je rentre à l’AJ où une soirée « privée » est organisée par un groupe pour, me semble-t-il, fêter un anniversaire. Mais leur langage est si étrange que je ne comprends rien du tout. Par contre, je fais la connaissance d’un Anglais d’origine asiatique avec lequel je dispute quelques parties de billards. Dans une AJ, on trouve souvent des jeux, des instruments de musique, des salons avec la télévision, une cuisine pour faire à manger, une machine à laver pour le linge, et de plus en plus, un ordinateur connecté à Internet. Bien sûr, ces services ne sont pas entièrement gratuits, mais il est rare (bien que cela arrive) que les tarifs soient abusifs. Les plus sympathiques auberges, en général celles du genre familiale qui n’ont pas une très grande capacité d’accueil, sont souvent pourvues de tout cela. On aime que le voyageur se sente à l’aise, même s’il ne reste que quelques jours. Mon adversaire fait des études de politique ou d’économie, je ne me rappelle plus très bien. Cela, du reste, n’est pas fondamental. Le dialogue est facile – plus facile que je ne l’aurais cru, même – malgré mon anglais approximatif, et c’est ce qui compte. Je ne tarderai pas à le découvrir, mais je ne le soupçonne pas encore tout à fait ce soir-là. Heureux de cette première rencontre, je vais me coucher avec mes dix autres « colocataires » pour me préparer à ma deuxième journée de voyage.
J’avais décidé de m’arrêter à Bruxelles pour me rendre au « Musée Royal d’Arts et d’Histoire » afin d’y admirer en vrai un objet qui avait inspiré Hergé pour son Oreille Cassée : le fameux fétiche Arumbaya. Par chance, le musée est gratuit aujourd’hui. Mais une mauvaise surprise me guette à l’intérieur : les photos sont interdites. En la matière, on voit toutes les coutumes, de l’interdiction pure et simple à l’autorisation sans limite, en passant par la permission contre paiement d’un droit (en Amérique du Sud, notamment) ou la promesse de ne pas utiliser le flash. Cette dernière voie me paraît être la meilleure, même si certains touristes sont incapables de respecter la consigne. On les voit, l’appareil tenu d’une seule main (merci la stabilité !), flasher des tableaux (parfois protégés par une vitre, et dans ce cas, la photographie montrera une belle tache blanche en plein milieu du cadre...) dès que le gardien est sorti de la pièce.
Il est vrai que bon nombre de musées abritent des œuvres anciennes sensibles à la lumière et les flashes sont de véritables fléaux pour ces pièces d’art. C’est le cas de mon fétiche que je mettrai une bonne demi-heure à trouver. Il est là, un peu perdu au milieu d’autres objets, posé sur le sol derrière une vitrine dans une pièce très peu éclairée. Je le contemplerai dix bonnes minutes sans bouger, en admiration devant cette chose que je connais depuis si longtemps en dessin et qui est aujourd’hui sous mes yeux. Lui seul aurait valu mon arrêt à Bruxelles. Un tel pèlerinage est très intense, et on n’estime jamais assez la force de ces souvenirs d’enfant...
Je passerai l’après-midi dans un quartier proche de la gare où j’ai réservé une place dans le bus qui passe dans la soirée pour se rendre à Prague.
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