retour vers : "Belgique" lire la suite : "Hongrie"
Après une très mauvaise nuit à bord du bus 1 , j’arrive à Prague vers neuf heures ce dimanche matin. Dès la frontière avec l’Allemagne franchie, on se rend compte qu’on est passé... à « l’Est ». Les voitures et les stations services rencontrées au fil de la route sont d’un autre âge. Mais Dieu que ce pays me laisse d’agréables souvenirs !
Cela commence par ma recherche d’une AJ. Pour la deuxième fois je débarque dans une ville sans savoir où je vais dormir ce soir. Bon, cette fois, il est trop tôt pour commencer à s’inquiéter, et puis j’ai toujours l’espèce de plan qui me situe approximativement dans la ville. Et pour la seconde fois, bien sûr, je ne vais pas parvenir au but visé : l’auberge choisie (il y en a plusieurs indiquées dans le guide officiel) semble se trouver un peu loin du centre et je n’ai pas envie de m’exiler. Alors je choisis une nouvelle destination qui malheureusement ne figure pas sur ma carte au trésor. Un seul moyen : communiquer. Mais dans quelle langue ??? C’est que ce n’est pas évident le tchèque, langage slave abscons s’il en est. À une dame en train de promener Médor, je montre mon bout de papier où figure quelque chose ressemblant à une adresse, et l’aimable fera de son mieux pour m’aider, essayant de m’expliquer dans sa langue la direction à prendre, sans vraiment y parvenir. Les gens ont l’air gentils... Je finis par me procurer un plan de la ville, un vrai, avec des couleurs, les stations de métro et les principaux monuments pour les touristes ! Quelle joie, un bon plan, pour le voyageur. C’est un élément de survie indispensable dans la ville pour éviter de tourner en rond (sauf quand il n’est pas à jour et que vous passez deux heures à chercher un endroit qui n’existe plus). Ce sera d’ailleurs l’une de mes premières préoccupations dans chaque ville que j’aborderai : trouver un plan. En général on peut en avoir un gratuit et de bonne facture à l’office du tourisme ou dans les auberges – et dans les hôtels, bien sûr. Mais il arrive qu’il faille débourser pour l’obtenir, ce qui ne manque pas, à chaque fois, de me révolter !
Je franchis bientôt la porte du Dlouhà, du nom de la rue qui l’héberge et qui va en faire de même pour moi durant deux nuits. L’accueil est très amical, et les jeunes de la réception m’envoient dans un dortoir – tarif premier prix oblige, c’est-à-dire pas très cher, surtout avec la carte de membre des auberges de jeunesse – où je ferai la connaissance de quelques représentants de l’une des communautés les plus répandues sur la Terre : les Australiens. J’y rencontre également des Anglais (espèce également répandue), un Belge et un Portugais (plus rares !). La chambre est plutôt petite, mais contient tout de même au moins six lits, une salle de bain et, chouette ! elle est mixte... L’AJ n’est pas constituée d’un seul tenant, comme une sorte de maison de ville : l’accueil est situé au rez-de-chaussée sous le porche d’une assez vieille bâtisse, comme l’appartement d’un concierge, et les chambres sont autant de studios dans les étages. Mon but n’est pas d’étudier le lieu, mais je remarque dans le fond de la réception un ordinateur que je devine connecté à Internet, et dans une petite pièce attenante des machines à laver dont je n’ai pas encore besoin après seulement deux jours de voyage.
Alors je cours découvrir la ville. Mes repas d’hier n’étaient pas très copieux et mon petit déjeuner de ce matin est déjà loin. Je dois me restaurer un peu et décide de prendre mon premier repas... au McDo. Oh !!! J’entends des voix s’élever : comment !? aller déjeuner là-dedans alors qu’il y a certainement des mets excellents à déguster dans cette ville ? Soit, mais ce genre d’endroit présente certains intérêts que le modeste voyageur ne peut ignorer. D’abord la nourriture est, en général, bien moins cher que dans les restos pour touristes. Ensuite on peut manger « varié » car il n’y a pas que des hambugers-frites : poisson, poulet, salades de légumes ou de fruits, glaces, gâteaux... Cela reste industriel, c’est sûr, mais un steak haché, un poisson pané ou une salade de fruits en boîte acheté(e) au supermarché ou dans le fast-food du coin, ça ne change pas grand chose au goût. Et enfin – et surtout – notre estomac est plus habitué à ce genre d’alimentation qu’aux mixtures locales, aussi appétissantes soient-elles. Après plusieurs jours de sandwichs aussi peu variés que mauvais, ou à la suite d’une gastro attrapée en voulant goûter les mets locaux, le voyageur chérit son restaurant industriel grâce auquel il pourra enfin avaler quelques protéines et caler sa fin avec une faible probabilité de complications intestinales... Ainsi sustenté, je suis prêt à partir à la découverte de Praga 2.
C’est une ville magnifique, au charme fou. Très colorée : des maisons vertes, bleues, rouges briques voire roses... Son histoire, je ne la connais pas, et sans aller jusqu’à dire qu’elle ne m’intéresse pas, je crois pouvoir affirmer que Prague est une ville à voir d’abord pour se faire plaisir aux yeux. C’est une cité pour romantiques, sans rien de bien comparable avec les autres capitales d’Europe que j’ai traversées. Mais que les amateurs d’art et d’histoire se rassurent : Prague saura les retenir et les envoûter plusieurs jours durant avec son château, où la relève de la garde rappelle Buckingham et abrite la cathédrale et d’autres églises ; son pont mythique ; ses quartiers célèbres comme la place principale et bien d’autres dont j’ai oublié les noms originaux un peu barbares pour un Français. Par contre, c’est une ville hautement touristique, et ce, probablement une bonne partie de l’année. Bien que l’on soit dimanche, de nombreux visiteurs se pressent autour de moi dans le château. Dans sa cour intérieure, un bâtiment abrite un bureau de poste encore ouvert en cet après-midi de fin de week-end : j’expédie quelques cartes... (À Paris, le dimanche ? Même pas un tout petit bureau ?...)
Afin de continuer ma visite, le lendemain, j’achète un ticket de transport pour utiliser le métro et les vieux trams encore en service. Le prix est modique et le service de bonne qualité, notamment pour le métro – peu de lignes mais une bonne desserte de la ville – dans lequel il est facile de s’orienter. Je ne passe pas inaperçu avec mes grosses chaussures, mon petit sac à dos et mon plan. Ainsi accoutré, je suis le parfait touriste ! Dans la soirée, j’échange mes chaussures de marche pour une paire plus légère (quelle folie : j’ai emporté deux paires !) et j’abandonne mon sac à dos pour aller me promener dans le quartier Nam Republik où, ainsi déguisé en « jeune local », je me fais aborder en tchèque par d’autres jeunes qui veulent me taxer une cigarette ou un peu d’argent : désolé, je n’ai ni l’un ni l’autre...
À l’auberge, Jane, une jeune Australienne du groupe qui loge dans la même chambre que moi, me conseille d’aller dans une petite ville du Sud nommée Cesky-Krumlov, me montrant des photos qu’elle y a prises quelques jours auparavant. Allez, je décide de suivre ses conseils, et prépare mes affaires pour demain matin. J’aime déjà cette façon de me laisser porter par les conseils de mes rencontres. Pas de guide : pourquoi faire ?...
Je fais mes adieux à Prague, pensant ne pas y revenir de sitôt puisque ma destination se trouve dans le Sud de la République tchèque, et mon étape suivante est Budapest encore plus au sud. Je m’imagine déjà poursuivant mon voyage depuis Cesky-Krumlov. En attendant, le voyage est tranquille dans le train qui roule paisiblement vers Cesky-Budejovice où je dois prendre une correspondance.
C’est maintenant chose faite : je voyage en compagnie de plusieurs Tchèques qui semblent rentrer du travail et parmi lesquels se trouve une femme, pas loin de la quarantaine certainement, et encore assez séduisante. Ils doivent parler de moi car ils lancent fréquemment des coups d’œil dans ma direction à tour de rôle, mais c’est sans aucune méchanceté (en tout cas c’est ainsi que je le ressens). Je pense d’ailleurs qu’ils doivent avoir l’habitude de ce ballet incessant de touristes vu que l’endroit où je me rends est très fréquenté. N’étant pas sûr que je suis arrivé à destination, et alors que mes compagnons vont descendre, je prononce le nom de ma destination : « Cesky-Krumlov ? », tout en accompagnant ma parole d’un geste pour demander si c’est bien ici que je dois moi aussi descendre. La dame, très gentiment me fait comprendre que je dois attendre encore deux ou trois stations. Je la remercie alors vivement en n’hésitant pas, comme chaque fois pour tester la réaction de mes interlocuteurs, à parler en français : « Ah ! merci beaucoup... » En entendant ces mots, elle pousse une sorte de râle de plaisir en disant en français dans un large sourire : « Ah ! vous êtes Français... », avant de descendre à son tour...Arrivée à Cesky-Krumlov sous la pluie ; je sors ma pèlerine de secours et la déplie pour m’abriter pendant que je rejoins le centre-ville. C’est un outil très utile, à condition qu’il ne soit pas troué ou décousu ! Je trouve l’AJ sans trop de problème en demandant mon chemin dans la rue. Celle-là sera l’une des plus sympathiques que j’aurai jamais visitées. C’est une grande maison avec une petite cour intérieure, aménagée pour recevoir le maximum de monde. Elle est pourvue d’une cuisine qui est Le lieu de rencontre de l’AJ en général. Les chambres permettent de faire connaissance (elles ne sont pas toujours mixtes, dommage !) mais on est rarement disposé à y mener de longues discussions dans la mesure où l’on n’y passe rarement plus de temps que le strict nécessaire pour dormir. La salle télé, lorsqu’elle existe, n’est pas le meilleur endroit pour causer, comme on peut s’en douter. Enfin, le salon et autres coins-bars sont parfois intimidants vu que les « invités » (en anglais, on parle souvent de guests, ce que l’on peut traduire par invités ; les guesthouses sont des auberges « non officielles ») s’y rendent généralement en groupes déjà constitués. Alors que la cuisine, même si vous ne savez pas cuisiner, est libre d’accès et l’on y discute tranquillement en regardant ses nouilles cuire... J’ai été surpris de rencontrer un peu partout de véritables globe-trotters cuisiniers qui se concoctaient des petits plats très appétissants, composés de légumes frais, de sauces diverses, de viandes cuites ou grillées, etc., alors que moi j’étais incapable de faire autre chose que des pâtes, des sandwichs, ou... des plats tout préparés ! C’est donc dans cette cuisine que j’ai rencontré, entre autres, une Américaine, un Néerlandais et – encore ! – des Australiens.
Je courre visiter la charmante petite ville Praga 3. Je croise des touristes par dizaines, des solitaires comme des groupes bien encadrés. Mais je ne regrette pas le déplacement et je me félicite d’avoir suivi les conseils de Jane.
Ce soir à l’auberge, une bonne dizaine de jeunes sont rassemblés dans l’entrée, une cour pavée couverte et fermée par une grande porte en bois, qui sert de salle pour le petit déjeuner le matin et de bar dans la soirée. Ça discute de choses et d’autres. Je fais connaissance puis joue aux fléchettes avec Kelly, étudiante en anthropologie à Santa Barbara, venue en Europe pour voir comment c’est, elle aussi. Elle a travaillé dans un café aux Pays-Bas avant de venir ici où elle me dit se sentir bien. C’est vrai que l’endroit est accueillant et la ville charmante.
Ça y’est, il est temps que je fasse ma première lessive. Je confie mon paquet de linge sale dans la matinée à l’un des responsables de l’accueil contre quelques couronnes (la monnaie tchèque) et je vais me balader dans les rues de la petite bourgade. À mon retour, je récupère le tout que je fais sécher à l’étage en l’étendant sur le fil à linge (tout est aménagé pour que ce soit pratique et facilement vivable) qui se trouve au-dessus du barbecue (ça, ça l’est moins : je récupérerai mes affaires sèches et... fumées !).
On trouve même un cybercafé dans la ville et, chose surprenante, la connexion est performante, meilleure qu’à Prague, et bon marché. Après quelques courses dans le « Shoppi » local, une sorte de petite épicerie où j’ai du mal à trouver mon bonheur (ah ! les habitudes...) pour préparer le repas de ce soir, je vais me renseigner pour la suite de mon voyage. Mon but est très clair : d’où je suis, j’aimerais continuer en train vers le sud pour me rendre directement à Budapest. Dans l’office du tourisme je trouve les horaires des trains pour toutes les grandes villes de la région : Vienne, Prague, Budapest, etc., mais je rencontre un imprévu. Pour aller vers n’importe laquelle de ces destinations, je dois retourner à Prague car le réseau est très centralisé. Il est certain que pour ce type de renseignement pratique, un guide de voyage m’aurait été utile. Encore que certains d’entre eux doivent omettre de préciser ce genre de « détail ». Eh bien, soit, je repasserai par Prague si je n’ai pas d’autre choix. Ce sont les aléas du voyage et après coup, je n’en m’en plaindrai pas car le retour m’a laissé l’un des meilleurs souvenirs de mes six mois de promenade.
Je passe cette dernière soirée dans un pub avec mes nouveaux – bien qu’éphémères – amis, et notre petite bande cosmopolite, à laquelle des jeunes Néo-zélandais et d’autres pays vont bientôt se joindre, ne va pas tarder à refaire un peu le monde à coup de pressions et de verres d’absinthe... Si je fais remarquer le caractère éphémère de notre relation amicale, c’est parce qu’il est important de prendre conscience que ce n’est pas facile de créer autre chose lorsque l’on reste si peu de temps au même endroit. Je rencontrerai encore beaucoup d’autres personnes avec qui je partagerai un peu de temps et un peu de bonheur furtif, mais je ne garderai vraiment contact qu’avec une seule d’entre elles... Et pourtant, ce n’est que le début, et le traditionnel échange d’adresses (électroniques bien sûr, on est – presque – en l’an 2000 !) m’enivre encore plus que l’alcool. Hélas, je m’apercevrai bientôt que donner ses coordonnées, ça n’engage pas à grand chose...
Cette fois-ci, je prends le bus pour me rendre à Cesky-Budejovice d’où j’attraperai le train pour Prague. Le voyage, qui dure une heure, me revient à environ un euro et demi. Disposant d’un peu de temps à ma correspondance, je décide d’aller manger un morceau. Ma première rencontre de la journée, c’est un couple de... mormons. Eh oui, eux aussi ils sont partout ! Et toujours très amènes, bien entendu, ils m’indiquent le distributeur de billets le plus proche. La rencontre suivante fait partie de ces petites coïncidences qui vous font réfléchir longtemps sur la question « philosophique » du hasard et du destin. De retour dans la gare, où je réserve déjà mon billet pour Budapest – départ ce soir dix heures –, je croise de nouveau la femme rencontrée deux jours plus tôt dans le train. Elle me reconnaît et après nous être salué, nous discutons un peu. En français bien sûr ! J’apprends qu’elle attend son fils pour rentrer chez elle (bon...). Elle emprunte le trajet tous les jours pour se rendre à son travail, je comprends qu’elle est pharmacienne. Elle a appris le français à l’école et a toujours rêvé d’aller visiter ce pays. J’interprète maintenant mieux sa réaction lors de notre première rencontre... Ah ! la France ! C’est une belle carte de visite dans de nombreux pays, bien meilleure en général que celle qu’offre les États-Unis. Le problème, c’est que c’est une image, un rêve, et comme toute image et tout rêve, on y voit et on y met ce qui n’existe pas forcément...
Mais le meilleur de cette journée est encore à venir. Dans le train pour Prague, je suis installé dans un compartiment où je rencontre un couple d’Australiens fort sympathiques à qui j’expose mon projet : faire le tour du monde bien sûr, ni plus ni moins. Eux sont venus, comme une myriade de jeunes de leur pays, découvrir l’Europe pendant quelques semaines, allant ici et là dans les coins qui leur semblent intéressants. En descendant, ils me donneront leur adresse (complète cette fois : mail, téléphone, adresse postale) en m’invitant très sincèrement à prendre contact si je passais par l’Australie 4. Mes deux compagnons lisent. Cela me fait penser que je n’ai rien pour m’occuper pendant ces longs voyages et je m’interroge : faut-il emporter de la lecture ? Je pense pour l’instant que je n’en ai pas besoin : ouvrir les yeux et regarder à l’extérieur est – encore – passionnant, mais je ne sais pas combien de temps cela le restera.
Notre compartiment se rempli en milieu de parcours lorsqu’une jeune Tchèque accompagnée d’une personne qui pourrait être son grand-père s’installent. Nous nous saluons bien sûr très poliment mais la barrière de la langue ne permet pas de dépasser ce stade basique des relations humaines. Ce ne sont pas quelques arrières pensées sentimentales qui m’animent : la jeune fille est agréable sans être vraiment jolie, mais elle a l’air très gentille. Elle s’assied en face de moi et se plonge dans la lecture tandis que je ménage un peu de place sur la banquette à la personne qui l’accompagne. Quelques stations plus tard, celui-ci est arrivé à destination et la jeune fille descend avec lui pour dire au revoir. Je m’aperçois alors qu’il a oublié sa veste, accrochée dans le wagon avant de s’asseoir, et je me précipite au-dehors, après l’avoir saisie, en interpellant son accompagnatrice à qui je montre l’objet qu’elle vient immédiatement récupérer. Qu’y a-t-il d’extraordinaire ? me direz-vous. Eh bien, ici, absolument rien : une personne oublie un vêtement, alors vous lui courrez après pour le lui rapporter. Attendons la suite. Le train a repris sa « course » (hum ! hum !), et la jeune fille son livre en main, lorsque éclate un orage au loin alors que nous nous approchons de Prague. Elle se lève pour aller voir dans le couloir par la fenêtre les gros nuages qui déversent leur pluie sur l’horizon. Cinq minutes se passent et tout à coup, elle bondit dans le compartiment et, me prenant par le bras, m’entraîne dans le couloir pour me montrer le magnifique spectacle du ciel illuminant d’oranges et de rouges la nuée que l’orage a fait éclater et qu’un arc-en-ciel encercle. Son visage est rayonnant comme le soleil, elle sourit et s’émerveille devant ce tableau impressionnant. Comme si elle voulait me remercier de ce que j’ai fait une demi-heure auparavant, comme si elle voulait me faire partager cette émotion qui la rend si joyeuse, elle est venue m’offrir un peu de son bonheur. Et plus que les couleurs elles-mêmes, plus que le train ou les visages de mes compagnons de voyages australiens, ma mémoire a conservé le souvenir de ce sourire radieux et illuminé, cette spontanéité, cet émerveillement pour une chose si simple et pourtant si fondamentale. Merci à toi aussi, jeune fille tchèque croisée deux heures dans un train, dont je n’ai jamais connu le nom, et qui pourtant a laissé plus de traces dans ma mémoire que bien d’autres rencontres moins éphémères !
Arrivé à Prague, je décide de faire une dernière promenade. C’est le début du voyage et je n’ai pas encore vraiment conscience que mon sac est un véritable fardeau, c’est pourquoi je n’hésite pas à parcourir à pied la distance qui me sépare du centre-ville avec ce poids sur le dos. Mais je ne tarde pas à fatiguer et retourne rapidement à la gare principale où je vais attendre mon train pendant au moins deux heures ! Dans ce genre de voyage, le temps n’est pas un obstacle : attendre fait partie du jeu. Je m’assieds par terre dans l’immense hall encore très fréquenté à cette heure. Je regarde les gens passer, tout en faisant attention à moi et mes affaires que je ne laisse pas seules un instant. Ce n’est pas que le coin soit mal fréquenté, mais... De toute façon je suis confiant : il y a autant de gens un peu louches que de policiers !
Je m’installe bientôt dans le train quasiment vide et j’ai un compartiment pour moi tout seul : chouette ! Je me mets à mon aise, j’enlève mes lentilles, je sors mon sac de couchage et mon oreiller gonflable pour passer une bonne nuit. Celle-ci sera interrompue assez brutalement vers une ou deux heures du matin quand un homme en uniforme rentre bruyamment dans mon compartiment. Quel sursaut : la « tête dans le cul » comme on dit, je cherche mes lunettes et mon passeport pour le présenter à cette masse sombre qui se tient en contre-jour dans le couloir mais dont on distingue tout de même l'uniforme de circonstance. L'homme est en train de regarder le porte bagage au-dessus de la banquette sur lequel est posé mon sac, bien attaché aux barreaux métalliques avec ses sangles... Mon passeport, apparemment, ne l’intéresse pas : il montre le sac du doigt et me demande si j’ai « quelque chose à déclarer ». « Alcool ? Cigarettes ?... » me lance-t-il. Je comprends vite que ce n’est pas une proposition... Je réponds, toujours aussi peu éveillé, que je n’ai rien de tel et je me retourne pour lui donner mon sac. Mais je n’ai pas le temps de lever les bras qu’il a déjà refermé la porte pour continuer son chemin. Visiblement, je n’ai pas une tête de « truand » (ceux qui ont déjà été contrôlés de manière plus poussée me pardonneront cette trivialité...), et je suis surpris de ne pas avoir été fouillé. Tout fout le camp ! Cette scène n’aura duré que quelques secondes – beaucoup moins que le temps nécessaire pour la décrire ! – mais est très impressionnante à vivre. Être réveillé par un colosse en uniforme en plein milieu de la nuit, ça n’arrive pas tous les jours. J’attendrai le contrôle du passeport en bonne et due forme pour me rendormir. Je serai alors en Hongrie...
1 Les prétendus « pullman grande classe » que j’ai empruntés, que ce soit dans le Vieux Continent ou aux États-Unis, ne m’ont jamais vraiment convaincu, avec leurs sièges étroits et durs. Par contre, je n’ai jamais « aussi bien dormi » – tout est relatif ! – que dans ces vieux bus bringuebalants d’Amérique du Sud, avec leurs fauteuils larges et moelleux...
2 [2008] On en reparlera de la nourriture... et des "complications intestinales" ;-) !
3 Dont je me rendrai compte, de retour en France alors que je passe devant la vitrine de la compagnie aérienne tchèque (CSA) en plein cœur de Paris, qu’elle est l’une des principales attractions de ce pays : on peut en effet voir de vieilles photographies de son château et de sa tour dans la vitrine.
4 Malheureusement, cela ne sera pas possible, alors qu’il me soit tout de même permis de les remercier très sincèrement ici : merci à Ron Mentik de Perth et à son amie pour leur invitation cordiale à laquelle je n’ai pu répondre positivement. Peut être un peu plus tard, qui sait...
retour vers : "Belgique" lire la suite : "Hongrie"
Ajouter un commentaire
Warning: mysql_num_rows(): supplied argument is not a valid MySQL result resource in /mnt/110/sda/b/e/apacini/carnets/ajout_commentaire.php on line 12
( commentaire pour le moment)