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Presque partout dans le monde, le voyageur peut se loger à peu de frais. Dans les pays où le niveau de vie est élevé, on fréquente les Auberges de Jeunesse (AJ) officielles, adhérentes à la Fédération Internationale, ou bien, quand il en existe, les "fausses" auberges non affiliées mais qui proposent des services comparable, et surtout un prix du même ordre, très bon marché. Cela dépend des pays : en France, sauf à Paris et peut-être dans certaines villes très, très touristiques, il n'y a guère que les AJ officielles. Aux USA par contre, on trouve des réseaux beaucoup plus étoffés de Guest Houses et d'Hostels pour jeunes et/ou fauchés. Je dois avouer que les vraies AJ américaines m'ont déçu car elles sont en moyenne plus chères et n'offrent pas un service plus attractif...
La différence entre l'auberge et un hôtel quelconque, ce sont les dortoirs. Pour arriver à des tarifs défiant toute concurrence (entre dix et vingt euros la nuit), on dort en général avec cinq, dix voire quinze autres personnes. Pas dans le même lit, bien sûr ! mais dans la même pièce tout de même. La comparaison avec les colonies ou la caserne militaire s'impose d'elle-même, non ? Et plus il y a de lits dans la chambre, moins la nuit est chère ! Bien sûr, les douches sont privatives. J'entends par là que les locataires du premier étage utilisent les douches du premier étage, les locataires du second étage les douches du second étage, etc. Si vous êtes rétifs à la promiscuité, vous ne fréquenterez pas ces endroits : outre les douches et les sanitaires communs (chacun son tour), le petit déjeuner dans le bol qui vient de servir (il doit avoir été lavé par son dernier utilisateur) ou encore les chaussettes et le caleçon de son voisin (ou de sa voisine !) jonchant le sol sont le quotidien de l'adepte de l'auberge, qu'elle soit officielle ou non. Sans parler des rots et des pets bien francs : rares, heureusement, mais il y a toujours des jeunes qui n'ont pas bien intégré les règles élémentaires de la vie en communauté. Là, on est plus dans le côté caserne militaire... Le seul avantage du dortoir, c'est qu'on y lie plus facilement connaissance. De toute façon, on n'a pas le choix ! En bref, une bonne auberge de jeunesse type, c'est un caravansérail où l'on vit "à la bonne franquette" mais toujours entre gens civilisés, aux côtés d'un Australien, d'une Néerlandaise et d'un Japonais...
Les couples pourront opter pour une chambre double, mais elles sont rares et donc, comme le disait déjà un Grec très ancien, chères. Dans ce cas, le gain financier est tout relatif. Mais une AJ, ce n'est pas seulement un dortoir, c'est aussi un mode de fonctionnement un peu particulier. Ainsi, on a souvent une cuisine fort bien équipée à sa disposition, bien qu'ici le cuistot, celui qui fait la plonge et le client soient la même personne ! Et comme elle est remplie de jeunes hommes et de jeunes femmes venant de tous les coins du monde, c'est surtout un lieu très convivial et propice aux rencontres de toutes natures... Vive la cuisine ! Sur le réfrigérateur, on prévient parfois que le ménage est fait régulièrement. Ceci afin de ne pas encourager les cultures microbiennes qui se développent dans les restes des pensionnaires partis en oubliant de les jeter. De plus, il arrive que des denrées personnelles disparaissent, alors il ne faut pas hésiter à marquer bien clairement ses dernières acquisitions et la date de leur " première mise en circulation " dans le réfrigérateur ou les placards (en général, un gros marqueur est disponible à cet effet dans la cuisine). Un peu de lait qui disparaît, on s'en réjouit : il a certainement servi à sauver de la déshydratation le bol de céréales d'un autre fauché. Mais la bouteille entière qui s'envole comme par enchantement, c'est déjà moins drôle, surtout quand on a ses propres céréales en train de mourir au fond du bol... Dans certaines AJ, on demande de participer aux tâches ménagères communes, mais c'est extrêmement rare. Et quand le principe d'un tel fonctionnement est acquis sur le papier, il n'est pas toujours appliqué. Ainsi, à Houston, j'ai quelquefois sorti la poubelle sur ma propre initiative parce qu'elle était pleine, mais je n'ai jamais été sollicité pour aller plus loin...
Outre les possibilités de rencontres au cours de soirées conviviales, les auberges offrent souvent des services très utiles pour le voyageur : machine à laver, vélos ou réduction sur le prix des diverses attractions de la ville, quand elles ne proposent pas elles-mêmes leurs propres visites, en cheville avec une agence locale (cas fréquent aux Etats-Unis). Ces services sont en général payants, mais il arrive que certains soient inclus dans le prix de la nuit. J'ai ainsi pu disposer, pendant deux semaines et sans débourser un seul cent, d'un vélo pour sillonner les rues de Houston. Pas une machine dernier cri, c'est vrai, mais pour parcourir les cinq bornes séparant l'auberge du centre-ville, c'était amplement suffisant.
Le niveau de qualité des auberges est très inégal. Les plus sympathiques ne sont pas forcément celles des grandes villes (et surtout bien sûr des capitales touristiques) car ces dernières sont généralement très grandes et ressemblent plus à une usine qu'à autre chose. Les contacts sont difficiles, aussi bien avec les voyageurs qu'avec les personnes travaillant derrière le comptoir. Au contraire, les petites structures, installées dans des maisons indépendantes et gérées en famille ou par des jeunes gens affables, sont bien plus accueillantes et propices à de multiples et très riches échanges dont on garde longtemps des souvenirs agréables.
Du plus crado au presque chic, du trois places au trente lits superposés, j'ai expérimenté la plupart des styles de dortoir. La seule conclusion valable me semble être : le prix ne fait pas tout ! J'ai logé dans des minipalaces pour trois euros la nuit au Maroc, et j'ai dormi dans des lits aux ressorts quasi inexistants qui m'avaient coûté six fois plus cher aux États-Unis... Tout dépend aussi de la saison : quand elle est basse, les prix suivent le même chemin. Bon à savoir pour négocier.
J'ai ressenti le besoin et l'envie, à deux ou trois reprises lors d'un voyage qui dura trois mois et demi, de me retrouver, d'une part seul dans une chambre, et d'autre part dans un environnement relativement sain, histoire de goûter aux joies du calme et de l'intimité quelques jours. Car les dortoirs sont sympas pour les rencontres, mais entre le voisin qui ronfle juste au-dessus de soi (ça m'est arrivé dans quasiment toutes les villes aux États-Unis !) et les joyeux compères qui rentrent à trois heures du matin bien éméchés, on en a vite assez. Se ménager des pauses pour se retrouver et se ressourcer ne fait pas de mal. Le prévoir dans son budget est une sage précaution.
Aux États-Unis, les AJ officielles sont plus chères que la moyenne alors que les services et l'accueil sont souvent de qualité moindre. Le meilleur endroit que j'ai connu était l'auberge de Houston, le moins cher aussi. Avant mon arrivée, c'était une Auberge de Jeunesse ; à mon départ, deux mois plus tard, elle ne faisait plus partie de la Fédération Internationale. C'est un signe qui confirme ma position : éviter les AJ officielles ! D'autant plus qu'à certaines périodes de l'année ou pour des évènements particuliers, les prix de tous les établissements ont tendance à flamber. Ainsi pour le carnaval de La Nouvelle Orléans, le prix de la nuit passe d'une quinzaine de dollars à presque vingt-cinq billets verts. Certes, comparé au prix d'une chambre d'hôtel, ce n'est encore rien, mais pour n'importe quel routard, dix dollars représentent un vrai petit pactole !
L'autre raison importante qui conduit à ne pas négliger les auberges privées est qu'il est parfois difficile de trouver une place en AJ. En haute saison, il est très fortement conseillé de réserver plusieurs semaines, voire plusieurs mois à l'avance, sous peine de devoir se rabattre sur un hôtel bien plus cher. Cela n'est pas propre au cas américain : essayer de trouver une place dans l'une des auberges parisiennes en plein mois d'août et vous comprendrez.
Autre élément de curiosité typique des USA : la population des auberges. On se rend mieux compte à quel point ce pays compte de personnages un peu perdus, un peu tordus et un peu louches... Il n'est pas rare de rencontrer des hommes ou des femmes, définitivement hors " catégorie routard ", semblant pourtant avoir élu domicile dans ces lieux. Comme cette femme d'un certain âge, discrète, qui avait une chambre personnelle dans laquelle on apercevait, chaque fois qu'elle ouvrait sa porte, une bibliothèque aux rayonnages bien remplis. Est-ce la conséquence de la rareté des aides sociales ? Un " choix personnel " ? Un style de vie adapté aux contraintes de ce pays ? Ou tout simplement un signe supplémentaire du malaise américain ?...
Ah ! Quel régal : dormir avec le ciel comme toit au-dessus de sa tête. Quel bonheur également que cette impression de liberté : pas d'hôtel, pas d'auberge dans les environs ? Qu'importe, je suis ici, je vais dormir ici... Bien entendu, il faut qu'il fasse beau, sinon un abri s'impose, et à moins d'avoir une tente facile à monter, pas question d'attendre le dernier moment. La plage, c'est l'idéal car le sable est plus agréable que la terre ferme. Par contre, il faut prendre garde à l'endroit où l'on pose son sac de couchage. Lorsque je me suis installé en plein milieu de la pampa chilienne sur un banc de sable qui tombait à pic parmi la terre et les cailloux, j'ai soudain été pris d'inquiétude : et les bébêtes ? La nuit tombe, elles vont commencer à sortir, je vais angoisser au moindre bruit. Est-ce bien raisonnable de dormir au milieu de ce zoo potentiel composé d'araignées, de serpents et d'autres espèces toutes plus menaçantes les unes que les autres ? Certes, c'est l'aventure, mais à chaque fois que l'on peut éviter le moindre danger non contrôlable, on l'évite bien sûr ! Bref, j'ai jugé plus sûr de changer d'endroit. Je ne sais absolument pas si mes craintes étaient fondées, mais je pense qu'il n'est pas recommandé, d'une manière générale, de dormir par terre dans les endroits désertiques.
Ce genre de renseignements, et la conduite à tenir dans les milieux hostiles, sont clairement des éléments à prendre en compte lors de l'organisation d'un voyage si l'on veut s'essayer au camping sauvage. À part les risques dus à ce genre de désagrément (dont il ne faut pas sous-estimer les conséquences), et aux rencontres fortuites, la nuit à la belle étoile est l'une des plus belles expériences à tenter. Nous passons toutes nos nuits dans des environnements calfeutrés et insonorisés. S'endormir avec le roulement des vagues pour berceuse, dans une chambre sans murs au plafond étoilé, procure une joie sans précédent et inaccessible dans notre quotidien...
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