retour vers : "les transports" lire la suite : "dormir !"
Ah, la route ! Pouvoir stopper une voiture lancée à plus de cent kilomètres à l'heure uniquement avec son pouce... comme l'écrivait Brugiroux. Le problème majeur est que ça ne marche pas à tous les coups, alors, avant de partir, il faut bien avoir en tête les trois commandements du stoppeur : d'abord savoir attendre, ensuite savoir attendre, et enfin savoir attendre. Et si en plus la patience est une de vos qualités, alors toutes les chances sont de votre côté ! Car faire du stop, c'est avant tout ne pas se donner d'heure pour arriver.
Encore faut-il éviter l'excès inverse, et être prêt à passer un mois au même endroit sous prétexte qu'aucun véhicule ne passe. Lorsque j'ai décidé de faire du stop au Chili, je savais que j'avais plus d'une semaine pour arriver à Santiago. En bus, il m'aurait fallu " à peine " un jour et demi, c'est dire si j'avais de la marge. Attendre, ce n'est rien quand on a du temps. C'est même un luxe que ne peuvent se payer bien des hommes et des femmes qui courent toute la journée. Il y a tant de gens pressés qui ne prennent pas leur temps qu'il en reste d'énormes quantités pour ceux veulent en reprendre un peu plus...
S'installer au bord de la route et lever le pouce lorsqu'une voiture, un camion ou un âne passe, est la méthode infaillible. Combien de temps on restera au même endroit, ça, c'est une autre histoire. Mais un jour ou l'autre, quelque chose s'arrêtera, j'en prends le pari, même si je n'ai pas eu moi-même la patience nécessaire pour attendre aussi longtemps la délivrance lors de mon premier essai. C'était en Italie, et j'ai bien dû passer une heure et demie sur la même portion de route à la sortie de la ville, avant de me résigner à avancer encore un peu plus sur le bitume. De toute façon, j'étais nécessairement sur le bon chemin puisque j'allais à Rome ! Dès que la patience fait défaut, le doute s'installe et on perd la foi. Perdre la foi en Italie, alors qu'on se dirige vers le Saint Siège, est-ce bien raisonnable ? J'ai enfanté mon premier stop dans la douleur, mais le même problème de foi surgit après mille deux cents kilomètres de routes (et surtout d'autoroutes) à quelques lieues à peine de Tarragone, en Espagne. J'ai flanché ; après une matinée qui avait pourtant bien commencé, las de marcher et de lever le pouce sans succès, je me suis précipité dans le premier train qui passait par là...
J'ai dû attendre très longtemps à certains moments avant de pouvoir monter dans une voiture. Quelle délivrance alors ! On ne sait pas combien de kilomètres on va parcourir, mais peu importe. On est assis dans un bolide qui va entre dix et vingt fois plus vite que soi à pied, et l'on a beau savoir qu'il va bientôt falloir marcher de nouveau, dans quelques minutes ou quelques heures, on est heureux. Les paysages ; être assis ; les gens...
Outre faire des économies, le stop sert aussi à cela : rencontrer, parler. Les discussions ne sont jamais très profondes. On a tendance à donner les mêmes réponses aux mêmes questions, mais les gens sont toujours sympathiques. Je me souviens d'ailleurs autant de ces derniers qui m'ont conduit seulement quelques kilomètres, que de mes colocataires de dortoir que j'ai parfois fréquentés deux ou trois jours de suite.
Le problème principal à l'étranger (" outre les étrangers eux-mêmes " disait un humoriste), c'est la langue, of course ! Mais un Français peut se débrouiller avec quelques notions de toutes les langues, et surtout pas mal d'anglais... Pour ma part, ça ne m'a pas posé de réel problème car je parle couramment l'italogermanofrancoportuglaignol, un mélange d'un peu tout, et surtout de pas grand chose en réalité. Le français, l'espagnol et l'italien ont un certain nombre de points communs, graphiques et sonores, ce qui permet de se débrouiller, c'est-à-dire : pouvoir lire des indications sommaires pour trouver son chemin, commander des plats dans un resto, ou décliner son identité et tenter quelques mots pour expliquer ce que l'on désire. Bien entendu, il est hors de question d'inférer dans une conversation sur les cours de la bourse ou le dernier truc à la mode (quoique ! J'y reviendrai plus tard...). De toute façon, l'anglais est bien la langue de référence. J'ai ainsi communiqué avec trois Italiens m'ayant pris en stop, dont un conducteur de camion-benne qui m'a surpris par sa relativement bonne maîtrise de la langue de Shakespeare...
Et puis j'ai tout de même parcouru mille huit cents kilomètres au Chili en ne connaissant de l'espagnol que quelques mots piochés à droite et à gauche dans un guide de voyage. En fait, tout dépend aussi du niveau... disons d'éducation, de son interlocuteur. Je n'ai rencontré aucune difficulté à communiquer avec les personnages ayant une position sociale élevée (en général en relation avec le niveau d'éducation). Par contre, je crois avoir franchement déçu ce routier très sympathique, qui m'avait fait monter dans son camion en espérant sans doute un peu de compagnie le long de cette interminable panaméricaine qui traverse la pampa chilienne. Il avait beau essayer de me faire parler, je n'entendais rien à ce qu'il me racontait. J'ai juste compris et retenu le mot casado (marié), lorsqu'il a joint le geste à la parole en me montrant son alliance. Je regrette de n'avoir pu lui rendre cette sympathie en discutant avec lui, et j'espère qu'après moi il n'a pas renoncé à prendre d'autres auto-stoppeurs...
Bien sûr, avec le recul, je mesure que j'ai finalement un peu manqué ce qui fait l'intérêt du stop et du voyage avec un étranger : pouvoir connaître sa vie, sa condition, son pays ; savoir ce qu'il pense et comment il voit le monde ; échanger avec lui sur divers sujets ; etc. Oh ! bien sûr, cette façon de voyager me laisse des souvenirs parmi les plus forts de ma promenade, mais pour le prochain départ, j'aurai fait des progrès suffisants en espagnol et dans d'autres langues pour m'acquitter de cette dette morale envers tous les conducteurs qui s'arrêteront...
Faire du stop, pour moi, a consisté essentiellement à attendre après avoir beaucoup marché. La raison principale est que l'on ne fait pas (on ne peut pas faire...) du stop n'importe où. Il faut choisir le lieu avec discernement sous peine de ne pas partir. Souvenez-vous combien de fois vous avez croisé un auto-stoppeur sur le bord de la route en vous disant : "Ah ! il est mal placé, je ne peux pas m'arrêter ici." Ou bien : "Zut ! je ne l'ai pas vu assez tôt. Je ne peux pas freiner, c'est trop dangereux..."
La première chose à savoir, c'est que l'on ne fait pas de stop en ville pour des raisons évidentes. D'où la première contrainte : sortir, par ses propres moyens, pour aller se placer dans la bonne direction. On peut toujours commencer par utiliser les transports en communs qui vont jusqu'à la périphérie des agglomérations, mais à un moment ou un autre, il faut bien marcher pour trouver "L'Endroit". Quand on lève le pouce directement sur le bord de la route, il convient de se placer dans un lieu dégagé pour que les voitures aient le temps de s'arrêter à sa hauteur sans avoir à freiner trop brutalement, et être visible de loin pour laisser au chauffeur le temps de comprendre pourquoi on est là. On peut également être tenté par un stop plus " actif ", surtout lorsque la circulation est faible. On commence à marcher sur l'asphalte et on tend le bras dès qu'on entend un moteur. L'avantage est double : physique d'abord, car cela permet de faire de l'exercice et c'est toujours bon à prendre ! Psychologique surtout, car on garde l'impression qu'on avance même si aucun véhicule ne s'arrête.
Pour voyager rapidement et parcourir de grandes distances, l'autoroute s'impose. Certes, dans ce cas on perd un peu le charme des promenades bucoliques... Par contre, comme il est interdit de faire du stop sur la bande d'arrêt d'urgence, la solution consiste à se placer avant les bretelles d'accès - et toujours dans un endroit bien dégagé pour laisser le temps aux voitures de s'arrêter -, et, une fois sur l'autoroute, à se faire déposer sur les aires de repos ou aux péages pour changer de voiture lorsque votre aimable pilote poursuit sa voie dans une direction différente de la vôtre. Sur les aires, on peut attendre bien sagement à la sortie vers l'autoroute (ne pas s'engager sur la voie d'accélération puisqu'elle sert à accélérer le véhicule...), ou bien aller démarcher directement les personnes en train de faire le plein d'essence ou qui reprennent le volant. Cette dernière solution est surtout utile quand le temps est mauvais car les pompes sont abritées. Concernant les routiers, il faut être clair : le mythe du routier sympa qui s'arrête dès qu'il voit un routard est mort (c'est le mythe qui est mort, pas le routier sympa : lui il existe toujours !). Et pour cause : cela leur est désormais rendu impossible par des contraintes d'assurances, de lois, de règlements, etc. Les charges horaires ont rendu le métier très difficile, et il n'est pas question de flâner en chemin (avec les conséquences désastreuses que l'on sait concernant les accidents dus à la fatigue...). Mais rassurez-vous : il reste, j'en suis certain pour l'avoir expérimenté par trois fois dans trois pays différents, beaucoup de routiers prêts à embarquer un peu de compagnie pour quelques centaines de kilomètres...
Autre méthode possible pour faire de la route, enfin : la pancarte. J'ai commencé avec elle en Italie, mais je l'ai assez rapidement abandonnée. Si cela vous tente, voilà quelques pistes. D'abord, prévoir un gros marqueur dans son sac, et en chemin, récupérer des bouts de carton. Ensuite, écrire bien lisiblement et en larges caractères sa destination. Enfin, la tendre bien en avant dès qu'un véhicule passe. Finalement, c'est très simple... Cependant, pour moi cette méthode n'est valable que si la destination importe plus que le stop en lui-même. En effet, lorsque je lis une pancarte et que je vais moins loin que le lieu indiqué, j'hésite à m'arrêter car je crains de voir le stoppeur me répondre, cas assez fréquent, qu'il préfère attendre une autre voiture. Hélas, le raisonnement inverse est valable : certains ne s'arrêtent pas car ils ne savent pas où va le stoppeur... Pour ma part, j'ai toujours préféré monter dans plusieurs véhicules et rencontrer différentes personnes, quitte à ne faire que des sauts de puce pendant deux heures. Lorsqu'on a le temps de ne pas être pressé...
Ajouter un commentaire
Warning: mysql_num_rows(): supplied argument is not a valid MySQL result resource in /mnt/110/sda/b/e/apacini/carnets/ajout_commentaire.php on line 12
( commentaire pour le moment)