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Je règle la note, la plus chère depuis le début du voyage (4 100 Rs pour trois nuits) et prends un tchuck-tchuck pour me rendre à la gare où je monte dans le premier bus qui part pour la petite station touristique de Mahabalipuram, à mi-chemin entre Pondicherry et ma destination finale Chennai. Plus que six jours ; je suis à la fois content de me dire que je vais revenir, et en même temps je me rends compte que je n'ai rien vu de ce pays, ni même du sud, ni même encore du Tamil Nadu où bien d'autres lieux m'auraient enchanté... Je prévois de rester trois jours dans chacune de ces deux villes, comme pour les deux précédentes. En fait, trois jours complets sont un peu trop car le dernier jour, je finis par tourner en rond, mais deux reviendraient à courir comme je l'ai fait au début du voyage. Je me dis qu'en couple, la troisième journée serait peut-être plus supportable, soit pour partager à deux un peu de fainéantise ou de farniente (pléonasme ?), soit justement pour avoir l'occasion de se retrouver seul dans son coin une bonne demi-journée. Mais je suis tout seul, alors je dois me supporter, ce qui n'est pas très difficile en fin de compte. Ouf...
Mon Dieu quelle pagaille pour sortir de la gare routière ! Le trajet est court (moins de deux heures et demie), c'est presque agréable. Lors d'un arrêt "petit déjeuner", je bois un chaï pas très fameux. Comme le breuvage est fabriqué sur place, son goût varie fortement : plus ou moins fort en thé, plus ou moins épicé, plus ou moins sucré. Ceux qui ont trop le goût du thé ne me plaisent en général pas car je n'apprécie pas le mélange avec les épices, mais cela reste bien entendu un avis très personnel... Par contre, la préparation du petit gobelet (en carton à emporter ou en verre à boire sur place) est toujours très plaisante à regarder lorsque le vendeur transvase le mélange trois ou quatre fois de suite afin, je suppose, de bien le mélanger et/ou "l'aérer", un peu à la manière dont on sert le thé dans les pays du maghreb...
Le bus ne pénètre pas dans la ville et me laisse à deux kilomètres du centre où je pensais arriver. Eh bien je marche, et ma valise roule derrière moi (je n'ai plus envie de me fatiguer à la mettre sur mon dos). Je ne trouve pas l'hôtel du guide que j'avais en vue, alors je m'arrête dans chaque établissement un peu chic que je croise. Dans le premier, c'est même un peu trop chic, on me conseille un autre établissement un peu plus loin en m'assurant qu'on va téléphoner à la réception pour les avertir de mon arrivée. C'est gentil, mais en chemin je vais tout de même continuer de regarder ce qui se présente, et en discutant un peu le prix dans le suivant, je décide de signer. De 2 400 Rs au moins avec petit déjeuner, je négocie la chambre à 2 000 Rs sans le petit déjeuner — que je suis à peu près sûr de ne jamais prendre — mais en m'engageant pour 3 nuits. La chambre est spacieuse, confortable, avec salle de bains privée et tout ce qu'il faut pour bien dormir, et l'hôtel, qui ne donne pas sur la rue, dispose d'une piscine. Je grimpe en gamme, sans toutefois faire d'excès car je ne cherche pas le luxe, je veux juste pouvoir me reposer convenablement la nuit...
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Ma nouvelle suite... |
En tout début d'après-midi, je pars rapidement à la découverte de la ville. Comme Hampi, il s'agit encore d'une petite bourgade très touristique, dont certaines rues sont entièrement consacrées au tourisme (et au touriste !) : hébergements, restaurants, boutiques de souvenirs se succèdent sur tout un quartier bordant la mer. Deux des deux trois attractions touristiques majeures entourent la partie sud de la ville, la troisième étant située un kilomètre plus loin dans la même direction. La ville est connue (outre qu'elle fut le lieu de villégiature des Beatles en 1968...) comme un centre important pour la sculpture sur pierres. On comprend l'origine de cet art(isanat) quand on visite les sites touristiques. On peut voir un peu partout des artisans-sculpteurs exercer leur art, et on peut surtout entendre leurs coups de marteaux sur les burins ou les disqueuses électriques... La ville ressemble à Hampi par le côté désolant que m'inspirent les propriétaires des boutiques et des restos, guettant, parfois même traquant le touriste perçu systématiquement à travers son porte-monnaie...
Je visite la partie située à l'ouest car les deux autres sont payantes et doivent être visitées le même jour (même ticket) ; je m'y rendrai plus tard. L'ensemble est globalement très impressionnant, le travail réalisé me semble phénoménal ! Un peu partout sur la colline, d'immenses blocs de granit ont été sculptés pour être transformés en temples décorés de bas-reliefs, et parfois hauts-reliefs de près d'un mètre de profondeur ! Le tout parfaitement exécuté, avec force détails. Je grimpe en haut du phare pour avoir une vue sur toute la région. Surle site très fréquenté par les touristes indiens, des petits groupes de jeunes hommes me demandent à plusieurs reprises de poser pour un selfie ou une photo en leur compagnie. Plus tard, deux hommes m'abordent l'un après l'autre à quelques minutes d'intervalle, sous prétexte pour le premier de parfaire son anglais et en m'assurant qu'il n'a rien à vendre, pour finir par m'expliquer qu'il apprend la sculpture dans une école de la région, les deux me proposant au final de regarder des exemplaires de leur travail qu'ils transportent avec eux, petites représentations en diverses matières de têtes de Ganesh, de bouddhas, d'objets divers, tous plus jolis et fins les uns que les autres. Et m'assurent bien entendu me proposer un prix défiant toute concurrence... Si j'accepte, tout en restant très méfiant déjà, d'écouter le premier jusqu'à ce qu'il endosse son rôle de vendeur, je ne veux même plus faire cet effort pénible pour le second et ne cache pas mon impatience en lui tournant purement et simplement le dos ou en changeant de direction. Ce n'est pas facile ici encore de voir à quoi sont réduits ces individus qui réalisent un travail admirable (en supposant bien sûr qu'ils disent la vérité, mais je ne vois rien qui permettrait de douter qu'ils ne sont pas les artistes qu'ils prétendent être) et ont acquis une habileté remarquable — que je ne rechignerai pas à posséder ! — pour vendre leur travail et récolter quelques roupies... Finalement, l'impossibilité de faire quelques pas dans ces lieux et rester tranquille sans être sollicité, toujours pour les mêmes raisons : une visite, un tchouck-tchouck, quelque chose à acheter..., commence sérieusement à me taper sur les nerfs. J'en viens à me demander comment Bouddha a bien pu méditer six ans dans ce pays ! De nouveau, je me dis que les trois jours qui restent risquent d'être difficiles.
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Vue du phare situé sur la coline | ![]() |
Lingam dans un temple sculpté dans la roche | ![]() |
Temple sculpté dans un énorme rocher |
Sur le chemin du retour, je passe par le temple de la ville puis par le premier site que je visiterai demain (ou après-demain) et me rends compte qu'ils sont situés à cinq minutes de l'hôtel. Le centre touristique est vraiment petit.
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L'entrée du temple, très richement décorée en fleurs | taille...
Je dîne dans un des restaurants conseillés par mon guide. Il serait tenu par un couple franco-indien, mais je ne verrai que des Indiens faire le service. Ce n'est pas épicé, tout à fait acceptable (mais bien sûr plus cher que les restos locaux qui en proposent plus pour moins cher), et au final je sors repu de mon unique repas consistant de la journée... La nuit sera encore troublée, le ventilateur et le climatiseur censés repousser les moustiques étant bruyants en plus d'être moyennement efficaces !
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Cimetière de statues (un "statuaire" ?...) victimes du tsunami de 2004 | ![]() |
Quel dessin ! Au final je le trouve plutôt réussi car ça donne une meilleure idée du contenu réel du bouquin... |
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