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Mercredi 19 décembre 2018

Après un bien piètre nuit donc, je me lance dans une chasse aux moustiques pour expurger la pièce ! Comme ces nuisibles insectes sont surtout actifs la nuit, parce qu'ils n'aiment pas la lumière, ils sont encore endormis et quand on les fait s'envoler en secouant les rideaux ou en passant sa main sous les meubles, ils ne sont pas très véloces. Parfois, j'ai l'impression d'être sur la Place Saint-Marc de la Venise des moustiques : plusieurs moustiques s'envolent en même temps, cachés derrière un épais rideau pour fuir la lumière... C'est une véritable hécatombe : en quelques minutes, je détruis une dizaine de bestioles. Avant de commencer, je pensais que la pièce serait presque vide, et je m'aperçois qu'il y en a partout ! Après ce safari peu réjouissant, il en subsiste encore peut-être un ou deux que je n'ai pas pu dénicher. Mais j'espère avoir suffisament fait le ménage pour être moins dérangé cette nuit. Je répéterai l'opération préventivement les jours suivants, me disant que j'aurais dû y penser plus tôt. Je commence à élaborer une théorie de la protection anti-moustiques en imaginant une "approche équilibrée reposant sur quatre piliers"1 : (1) la réduction de la piqûre à la source par la destruction de la trompe des moustiques, voire carrément la destruction des moustiques eux-mêmes si c'est plus facile, (2) la planification et la gestion de l'utilisation de l'air autour du lit et dans la chambre à coucher de manière à limiter la flotte à l'origine les nuisances, (3) l'utilisation de procédures opérationnelles de diminution des piqûres, et (4) la mise en place de restrictions légales pour éviter les moustiques. Le (1), je viens de le mettre en application. Comme cela ne sera probablement pas suffisant, je mets en œuvre les mesures suivantes : pour le (2), j'évite de laisser la porte ouverte trop longtemps en début et fin de journée, et je colmate tous les encadrements de porte et fenêtre un peu trop lâches ; depuis le début de mon séjour, j'enfile un pantalon couvrant mes jambes le soir et j'applique du répulsif sur les autres parties non recouvertes dès que le soleil se couche : c'est le (3) ; la restriction la plus efficace du (4) serait d'utiliser une moustiquaire au-dessus du lit, mais je n'en ai pas dans mon sac et les hébergements en proposent très rarement. Il est clair que ce serait même la mesure la plus performante. Bien sûr, toute ressemblance avec une situation existante serait purement fortuite... Pour conclure sur le sujet, j'ose demander : à quand les Assises de la lutte Anti-Moustiques ?

Je ne sais pas du tout ce que raconte cette pancarte mais a priori, je suis entièrement d'accord ! "Qui êtes-vous ?" "Ton pire cauchemar !"

Je décide de reporter la visite des sites de la ville à demain et de me rendre dans un parc animalier spécialisé dans les crocodiles et les serpents venimeux, le Madras Crocodile Center, situé à une petite demi-heure sur la route de Chennai. C'est intéressant car le site est bien aménagé, il y a de nombreuses espèces différentes et pas mal d'explications, mais la visite reste un peu frustrante car tous les reptiles ou presque sont au repos, végétant au soleil comme s'ils étaient en état d'hibernation. Il y a trop peu de mouvement à part ici ou là quand deux individus se bagarrent. Ça manque clairement de dynamisme !

Le centre est également habilité à extraire le venin de serpents parmi les plus venimeux au monde. Quatre espèces sont présentes (d'après ce que je comprends) : le krait, dont la morsure peut provoquer la mort en 1 h, le cobra royal — ou naja —, mortel en 4 h, la vipère de Russel et un autre type de vipère. Dans un petit bâtiment, deux ou trois personnes sont en train de manipuler les serpents dans une fosse où sont entreposés plusieurs pots, fermés par un simple tissu maintenu par un élastique, contenant des serpents. Cela se voit qu'ils ont l'habitude et savent comment s'y prendre ; ils sont d'ailleurs équipés pour éviter les accidents : bottes en caoutchouc — tiens ! ni pieds nus, ni sandales... —, bâtons spéciaux, etc. Un homme donne des explications et montre comment manipuler les serpents en agitant des chiffons devant les reptiles. J'aimerais beaucoup pouvoir essayer de saisir un cobra par la queue en m'aidant de leur outil, comme ils le font, mais ils ne proposent pas aux visiteurs de descendre... Des sacs en toile sont régulièrement apportés dans la fosse, contenant des serpents qui sont utilisés pour l'extraction avant d'être enfermé dans un pot...

La gueule grande ouverte pour réguler la température Dans la fosse aux serpents, deux cobras et une vipère de Russel (à gauche) "Mais qui sont ces serpents..." (format mp4)

Je retourne à Mahabalipuram en début d'après-midi. La visite au "Crocodile Centre" n'a pas duré longtemps, j'espérais passer plus de temps sur place. Je ne veux pas faire me rendre aux deux sites de la ville en plein milieu de journée car j'espère (encore !) que cela m'occupera une bonne partie de la journée demain. Je me retrouve donc dans la même situation qu'à Pondicherry : deux jours, c'est trop court et il faut courir, trois jours, c'est trop long et il faut s'ennuyer... Pour l'heure, je déjeune dans le restaurant de l'hôtel, un plat de nouilles au poulet (façon chinoise). Pas piquant et qui remplit bien, c'est parfait ! Ensuite je m'accorde une petite sieste...

Je pars me promener sur la plage que j'ai vue en vitesse hier soir avant de manger, mais il faisait nuit et un individu était venu m'importuner, probablement pour essayer de me vendre encore quelque chose... J'espère être plus tranquille aujoud'hui, mais finalement c'est pire car en trois minutes, je suis approché par trois individus différents qui viennent, comme d'habitude juste pour faire la causette, mais rapidement me proposent leurs sculptures ou leurs services de guide ou de je ne sais quoi encore ! J'ai beau tourner les talons dès qu'on me hèle, partir dans la direction opposée, montrer clairement que je ne suis pas intéressé, ça ne suffit pas ! Je déserte rapidement les lieux, tant pis pour la plage. Au moins, à Santa Giula, on n'est pas dérangé comme ça et c'est nettement plus joli...

Je retourne sur le site visité hier, mais je n'y reste pas longtemps car il faut éviter encore les importuns, et le soleil déclinant rapidement, il commence à faire frisquet. Je terminerai encore la journée à errer doucement dans les rues à la recherche d'un endroit pour manger un morceau, puis je rentrerai encore plus doucement pour me coucher pas trop tard et essayer de me reposer, après avoir mené une nouvelle opération anti-moustiques dans la chambre. Parfois, la vie en voyage est aussi passionante que la routine du quotidien...


1 Le reste de ce paragraphe constitue une "private joke" faisant référence à un domaine professionel, et le lecteur pourra l'ignorer sans souci...


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