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Lundi 03 janvier 2000

Après un court répit à Dallas, où j’ai le temps de prendre un petit déjeuner, nous reprenons la route pour Austin avec un nouveau chauffeur. C’est une femme très forte (encore), qui fait le même discours que ses collègues sur notre confort et nous invite à la solliciter pour l’améliorer si la moindre chose ne va pas. Ce qu’elle aurait pu faire dès le départ, pour aller dans ce sens, c’était être à l’heure : nous décollons avec vingt minutes de retard ! Et c’est pour cela qu’au prochain arrêt, elle nous avertit avant de descendre que nous repartons dans dix minutes exactement, pas une de plus. C’est bien ce qui se passe et elle repart exactement dix minutes plus tard, laissant sur place deux passagers retardataires. (Mais ils pourront heureusement prendre un deuxième bus suivant de peu le nôtre, complet au départ.) Je suis sidéré par l’attitude de la conductrice qui reporte sur les passagers ses propres erreurs ! Merci Greyhound !

Le bus urbain américain est souvent accessible aux handicapés, avec une plate-forme dépliable devant la porte avant et un emplacement réservé, nécessitant toutefois l’intervention du chauffeur pour replier deux sièges passagers. Ici, il est également accessible aux vélos, ce qui est plus rare. Un porte-bicyclettes est accroché à l’avant du bus et peut recevoir deux vélos. Il suffit d’accrocher le sien avant de monter. Bon, en cas de choc frontal, le voyageur peut dire adieu à son engin...

Arrivé vers midi à l’auberge de jeunesse affiliée à la Fédération, je suis obligé d’attendre jusqu’à cinq heures de l’après-midi que l’accueil soit ouvert. Ma carte expirée est acceptée, mais j’en achète tout de même une nouvelle. Un vieux qui s’occupe de l’auberge joue les mouches du coche et me fait une visite des lieux un peu inquiétante. Il me montre toutes les pièces, comme si je ne pouvais pas me débrouiller tout seul, et me rappelle plusieurs fois les consignes et les règles à respecter. Il a dû être éducateur ou moniteur de colonies de vacances dans sa jeunesse. Dans quoi suis-je tombé ?

Comme il est tard et que l’auberge est très éloignée du centre, je pars faire quelques courses au HEB, un vrai supermarché, grand comme je n’en avais encore jamais vu dans ce pays. Aux caisses, le même rituel vécu à Salt-Lake City : je dépose mes courses sur le tapis roulant et les retrouve emballées par un commis à l’autre bout du tapis. Combien d’emplois ces petits boulots, qui n’en sont pas vraiment, génèrent-ils, comptabilisés par le gouvernement et faisant baisser les chiffres du chômage ? Et les magasins ouverts 24 heures sur 24, comme ces épiceries d’une chaîne que j’ai vues à Denver, quel est leur apport dans le système ? De nouveau ces questions m’interpellent...

Pas longtemps, car c’est plutôt le blues ce soir. Je n’ai pas eu de contacts très poussés depuis une bonne semaine, à part hier et avant-hier, et je commence à m’ennuyer. Je suis dans ce pays depuis plus d’un mois et demi, et pour tout dire, j’ai hâte de partir pour l’Amérique du Sud, tout en étant fermement convaincu que le jour du départ, ou peu après, j’aurai quelques regrets.

Mardi 04 janvier 2000

Quel vent dans ce pays, je suis tout simplement frigorifié, surtout que je me rends à pied dans le centre distant de plusieurs kilomètres, en passant par le Visitor center où je suis bien renseigné même si je ne peux pas placer un mot ! J’emprunte un Dillo, sorte de minibus circulant dans le centre-ville et ressemblant, extérieurement, au Cable Car de San Francisco. En plus, c’est gratuit. Je vais consulter un peu Internet à l’université pour donner quelques nouvelles et en prendre, puis je me rends dans le Capitole pour une visite. Tout en granit rosé, le bâtiment à coupole ne présente aucune surprise : l’intérieur est très beau. Je peux pénétrer à l’intérieur de la « chambre des représentants », où une photo de G. W. Bush Jr rappelle qu’il est alors le gouverneur de cet État...

La ville me laisse un sentiment agréable, car elle ne ressemble pas aux grandes cités que j’ai visitées, même si elle est la capitale d’une région grande comme la France ! Pas de downtown hérissé de skyscrapers géants, mais une vue assez dégagée car les grands immeubles ne se trouvent pas dans le centre même. Au contraire, il y a beaucoup de maisons historiques. Je visiterai tout cela demain.

Austin est proclamée (auto proclamation ?) capitale de la musique live. Un très grand nombre de bars permettent d’en écouter le soir, explique mon guide. Aujourd’hui, je n’ai pas besoin de me déplacer, c’est elle qui vient à moi dans l’auberge sous la forme d’une jeune chanteuse accompagnée de sa guitare et interprétant ses compositions de style folk. J’en entendrai quelques unes – que je trouve personnellement sans grand intérêt – avant d’aller me coucher, vaincu par le sommeil. Cependant, j’apprécie la formule qui permet de s’entraîner et de faire découvrir ses talents.

Mercredi 05 janvier 2000

Cette journée sera bien plus intéressante que les deux précédentes. Je la débute par une visite autoguidée du centre historique de la ville grâce à des documents remis par l’office du tourisme. Le temps est ensoleillé, bien qu’un peu frais tout de même, mais étonnant pour un début janvier, si je compare avec les températures qu’il doit faire dans le Nord de la France en ce moment...

Nombre de façades du XIXème siècle ont été conservées, et la ville perd un peu cet aspect « neuf » que donnent les gratte-ciel et les constructions récentes, ce qui n’est pas inintéressant en soi. J’arrête aux trois-quarts de la visite car cela devient lassant, et je reprends en moi-même cette réflexion entamée au musée de Denver concernant les visites de monuments, musées et villes que j’effectue depuis plusieurs semaines. Je me pose des questions sur leur sens, ce qu’elles m’apportent vraiment, et surtout si elles m’apportent quelque chose, d’ailleurs...

Cela ne m’empêche pas de continuer ma découverte de la ville et ce, dès le début de l’après-midi, par le musée J. Blanton de l’université. On y découvre quelques effets personnels d’écrivains (lunettes et clubs de golf de Conan Doyle, des affaires de Charles Dickens), l’une des quatre ou cinq bibles de Gutenberg présentes aux États-Unis, ainsi que de jolies antiquités (vases grecs, sculptures) et quelques peintures. Austin est la ville natale de l’ancien président Johnson. Une bibliothèque accessible aux chercheurs, ainsi qu’un musée très complet, sont situés également sur le campus : la LB Johnson Library and Museum. Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le président originaire du Texas : sa vie, son œuvre, ses archives, ses effets personnels ou publics, comme les cadeaux reçus des autres Chefs d’États, sa limousine blindée et une reproduction à l’échelle 7/8 du bureau ovale qu’il a occupé durant son mandat. C’est intéressant, bien agencé et richement documenté. Une nouvelle fois, j’ai beaucoup « regardé », « lu » également, et pourtant je n’en ai pas retenu grand chose...

Dans le bus qui me ramène à l’auberge, je peux lire la chose suivante que je m’empresse de noter sur mon calepin : « (... ) transportation will prosecute with the fullest extent of the law anoyone who assaults bus operators... » : la compagnie (de bus) utilisera toutes les possibilités offertes par la loi afin de poursuivre toute personne qui agresserait un chauffeur. La violence de ces propos ne me choque plus dans ce pays où la loi et l’ordre sont depuis longtemps un argument politique de campagne et la première préoccupation des habitants. Ici, on ne plaisante ni avec l’un ni avec l’autre. Je suis frappé également par le nombre incroyable d’admonitions qui ornent les marches des bus, des halls d’immeubles, un sol mouillé qu’un employé est en train de nettoyer, etc., et disent : Watch your step (Attention à la marche), ou bien : Caution, wet (Attention, sol mouillé). J’imagine facilement qu’il doit s’agir de prévention. Dans ce pays où l’on fait un procès comme on change de chemise, il vaut mieux pouvoir dire devant un tribunal : « Regardez, on avait pourtant prévenu qu’il y avait une marche, que c’était mouillé par terre, etc. », si une personne s’avisait de vouloir intenter une action parce qu’elle s’est cassé la jambe en sortant du bus, en rentrant dans les toilettes en plein nettoyage ou dans un bâtiment...


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