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En route pour Los Angeles, la mythique, siège d’Hollywood et des plages à la mode. Mais le voyage n’est guère encourageant : j’ai déjà mal au ventre dans le car. Serait-ce encore la cuisine américaine ? (Je veux dire : la nourriture – enfin, les aliments comestibles !) Partis dans la matinée, le bus traverse une zone désertique pour arriver à bon port en fin d’après-midi. Dans la gare routière se trouve un panneau avec plusieurs adresses d’hostels et de backpapers places pour jeunes fauchés, et je remarque un hôtel situé à deux pas d’ici que je pourrais occuper la veille de mon prochain départ dans quelques jours. La nuit tombe vite, trop vite, et je me retrouve dans un quartier, dans la « Septième Rue », pas très rassuré. Pas beaucoup d’imagination les Américains : des rues ou avenues nommées « 1ère », « 2nde », « 3ème », etc., ou bien « A », « B », etc. sont courantes. On connaît par exemple la célèbre « Cinquième Avenue » de Broadway à New York. Au moins comme cela on évite les problèmes soulevés par des noms un peu polémiques !
Le coin n’est donc pas très, très accueillant. À l’entrée du parking, plusieurs personnes s’affairent, dont la plupart sont d’origines mexicaine ou sud-américaine. Encore cette implacable réalité : le Sud-Ouest des États-Unis est une proche banlieue de Mexico... Je ne sais pas trop quel est l’objet de leur agitation, et je ne tiens pas à en savoir plus, redoutant quelques manœuvres frauduleuses. Après coup, je m’aperçois qu’il est certainement tout à fait légal car je pense qu’ils sont en train de rabattre des clients, de connivence avec l’une des nombreuses compagnies de bus faisant partir des véhicules pour la frontière toute proche. Ce sont un peu les rabatteurs que je rencontrais dans les halls des gares routières de Fès ou Marrakech quelques semaines auparavant, et que je retrouverai bientôt en Amérique du Sud.
J’attends le bus sur le trottoir d’en face, près d’un banc où un jeune homme et une jeune femme noirs viennent s’asseoir. Quelques rares passants vont et viennent. Je ne me sens pas vraiment en sécurité dans cette partie de la ville que le guide déconseille de fréquenter dès la nuit tombée ou après la fermeture des bureaux. Je m’aperçois alors que je n’ai pas de billet pour prendre le bus, me doutant bien que le système est le même qu’à Houston et Las Vegas. Et pas question d’espérer de la monnaie auprès du chauffeur : il n’a sur lui que ses propres économies ! Alors je me décide à faire le grand saut en demandant timidement aux deux jeunes gens qui sont à côté de moi combien coûte le bus, et s’ils peuvent m’échanger un billet vert contre quatre pièces de vingt-cinq cents. La jeune fille fait preuve d’une grande amabilité, elle troque ma monnaie contre un billet et m’indique au passage le chemin à suivre pour me rendre à Hollywood. Finalement, je me rends compte que j’ai peut-être trop de préjugés sur Los Angeles (ah ! les films !), et les avertissements du guide me paraissent, en tout cas pour le moment, exagérés.
Tiens, elle vient de me dire que je devais prendre tel bus, m’arrêter à telle station puis prendre le... métro. Ils ont un métro ici ?! Ah ben oui, ou plutôt un embryon de métro dont je ne peux m’empêcher de me moquer (intérieurement) à cause de ses trois lignes qui se battent en duel ; peut mieux faire. Dans le bus, le chauffeur annonce les stations à l’aide d’un micro : c’est pratique1.
Je sors directement sur Hollywood Boulevard et marche sur des dizaines de stars ! L’auberge indépendante dans laquelle je m’installe est une arnaque. Le prix n’est pas si élevé que ça, mais c’est vraiment sommaire et peu convivial alors que ça pourrait être génial. Je pense que les propriétaires profitent de leur emplacement sur le boulevard et ne font aucun effort pour que l’endroit soit attrayant. Je ne leur donnerai pas leur chance, j’ai payé deux nuits, je n’y resterai pas une troisième. Après tout, on est au pays du capitalisme, non ? L’offre existe, alors je vais faire jouer la concurrence. Eh ! Eh !
Je cherche où acheter un pass pour la semaine, c’est-à-dire un abonnement permettant d’utiliser le bus et le métro sans limitation. Le coût du coupon est plus qu’intéressant : onze dollars pour se déplacer pendant sept jours à travers cette métropole géante est une affaire. À un dollar le billet à l’unité, il sera vite amorti. Le bureau local du réseau de bus est fermé. Comment ? À Los Angeles, la deuxième plus grande ville des États-Unis, fermé un dimanche ? Je n’en crois pas mes yeux. Alors que j’expose mon problème à un chauffeur de bus, celui-ci me propose de me déposer, gratuitement bien sûr, près d’un magasin où je pourrai m’enquérir du billet convoité. Ainsi, ce n’était peut-être pas un phénomène isolé à Houston : les chauffeurs de bus urbains sont décidément très serviables. Je n’imagine pas un seul instant qu’une pareille scène puisse se produire en France. Demandez à un chauffeur où l’on peut acheter des billets, il vous répondra : « Ben, dans les bureaux de tabacs qui en vendent... », et s’empressera de fermer la porte, des fois que vous ayez d’autres questions ! Oui, c’est vrai j’exagère car j’ai déjà eu maintes fois affaire à des conducteurs attentionnés, mais je me souviens aussi de nombreux cas où je me suis proprement fait jeter dehors ! Il est vrai aussi que j’ai bien plus souvent pris le bus en France qu’ici, et les statistiques jouent en faveur des Etats-Unis...
Je fais un petit tour dans downtown, au milieu de ce cœur de buildings aujourd’hui peu actif. Je suis encore plus effaré qu’à Hollywood de constater que le Visitor Center, l’office de tourisme, est fermé, et qu’il m’est impossible d’obtenir des informations sur la ville et, surtout, un plan du réseau de bus, chose indispensable dans une grande ville. Je suis hors de moi car j’ai l’impression d’être dans le trou du c... du monde. Los Angeles ! Surtout quand je vois que beaucoup de magasins sont ouverts ainsi que la bibliothèque municipale. Énorme bâtiment possédant plusieurs entrées gardées par des policiers (eh oui, c’est la coutume, on s’y habitue), et de multiples salles sur cinq ou six niveaux, dans des volumes impressionnants que des escaliers et des Escalators géants permettent de traverser. On y trouve bien sûr de tout, dans toutes les disciplines. Ah ! je suis rassuré ; je ne suis pas dans l’endroit perdu sus-décrit, mais bien au cœur de l’une des plus fascinantes cités du monde. J’y apaise ma colère en consultant Internet trente minutes gratuitement après m’être inscrit et avoir attendu qu’un poste se libère. Comme d’habitude, je vais écrire un peu de courrier et lire des nouvelles de France d’un œil distrait : rien de bien palpitant...
Dans une avenue, je remarque une agitation près d’une petite rue, genre un peu sombre et peu engageante, vue dans maintes séries policières. Des camions sont garés autour, et un attroupement s’est constitué sur le trottoir d’en face, composé de badauds auxquels je me joins. Tiens, il neige, mais juste dans la ruelle ?? Rapidement, une personne, talkie-walkie à la main, vient nous demander de reculer. Qu’est-ce qu’il se passe, c’est la police ? Mais non, c’est un tournage : on est en train de faire une pub... C’est Los Angeles !
De retour à Hollywood, je me promène dans les rues pour y découvrir tous les symboles du quartier : le Mann’s Chinese Theatre, cinéma dont l’aspect extérieur rappelle un bâtiment asiatique rouge et que l’on voit souvent dans les films, ou encore cet immeuble dont la forme imite une pile de disques empilés et qu’un producteur avait construit il y a quelques dizaines d’années si je me souviens bien... Je passe aussi devant la boutique locale de l’Église de Scientologie qui a donc pignon sur rue dans ce pays, ou encore, beaucoup plus surprenant, un magasin arborant sur sa devanture l’expression : 24 hours, signifiant qu’il est ouvert 24 heures sur 24. Et c’est un magasin de... fournitures de bureaux ! Ai-je bien vu ? Il me semble que oui. J’en verrai d’autres, des magasins ouverts jour et nuit sans interruption, comme des épiceries de grandes chaînes commerciales. Dans ce cas, c’est compréhensible, mais des fournitures... ?
Je « move » au Backpaper’s Paradise, c’est-à-dire le paradis du routard, situé à Inglewood, le quartier où se trouve le LAX (Los Angeles International Airport), l’aéroport international de la ville. Autrement dit, toute la journée et une bonne partie de la nuit, les avions décollent et passent au-dessus de nos têtes, l’hôtel devant se trouver en plein dans le prolongement des pistes. Mais ce n’est pas grave : j’aime les avions...
C'est vrai que ça ressemble à un vrai petit paradis. C’est moins cher qu’à Hollywood (c’est à plusieurs dizaines de kilomètres aussi, il est vrai), et pour un peu plus de quatorze dollars, j’ai droit à un petit déjeuner continental (c’est-à-dire sucré, pas l’english breakfast, avec œufs au bacon et tout le reste), une collation entre six et sept heures de l’après-midi qui me servira de dîner tellement c’est copieux, une piscine, un bar, des arbres et... un dortoir d’environ une vingtaine de lits. Et ce n’est pas loin d’être complet !
Aujourd’hui je pars visiter une vénérable institution universitaire, la très célèbre UCLA (University of California at Los Angeles). Après deux heures de voyage et trois bus différents, j’arrive enfin au but. Dans le dernier véhicule, le micro du conducteur doit être hors d’usage car, à chaque arrêt, il se penche un peu vers la droite pour gueuler les noms des stations ! D’autres fois, je m’apercevrai que le chauffeur ne fait rien, ni avec, ni sans micro... L’université est très, très grande (plus de cent soixante hectares), avec toujours ces grandes pelouses à l’herbe rase et ces bâtiments qui font neuf, dans un style si particulier2. Plus d’une cinquantaine de bâtiments, une quinzaine de parkings, et bien sûr des résidences et un stade athlétique. Je ne peux m’empêcher d’aller faire un tour dans l’une des bibliothèques où j’espère pouvoir utiliser Internet. Le climat m’incite à une certaine prudence, à une certaine retenue. Je n’aimerais pas me faire mettre dehors bruyamment, et mon accoutrement ne me fait pas forcément ressembler à l’étudiant modèle. Alors je vais poliment demander à une dame, certainement bibliothécaire de son état, si je peux utiliser les ordinateurs pour aller surfer, en n’oubliant pas de mentionner que je ne suis pas étudiant à l’université. Mais oui, très certainement, me répond-elle, sans aucun problème s’il y a assez de poste – car sinon les étudiants seront prioritaires, ce qui est tout à fait compréhensible. Pendant que j’attends mon tour, je remarque quelque chose que l'on ne voit pas dans les films (tiens, pour une fois ! Mais si c’était le cas, ça pourrait être mal pris par la population en question...), c'est le nombre incroyable d’étudiants asiatiques. Ils sont très présents dans cette université, et j'avais déjà fait ce même constat à la Rice University de Houston.
Dans l’une des nombreuses petites cafétérias du site, je vais m’acheter une des spécialités culinaires américaines : le muffin, gâteau gros comme un poing et lourd comme une boule de pétanque. Ça « cale », comme on dit. Un peu plus loin, je passe près d’une boutique très bien approvisionnée où l’on vend aussi bien des tee-shirts aux couleurs de l’école que des livres scolaires, du matériel, etc. En me promenant dans un bâtiment, je demande mon chemin à un couple d’étudiants qui travaille dans le couloir. Le garçon me demande aussitôt si je ne serais pas français : oui, comment a-t-il deviné ? Il est français lui aussi, et a tout de suite reconnu mon accent. Snif ! Je renonce à faire des efforts... Il est étudiant en quatrième ou cinquième année de médecine, aux États-Unis depuis huit ans et me donne ses coordonnées pour que je l’appelle et qu’on boive un coup ensemble. Malheureusement, cet engagement m’est complètement sorti de la tête, et j’espère qu’Alexandre m’aura pardonné d’avoir oublié. Je le remercie pour son invitation, et si je repasse à Los Angeles...
Sur le chemin du retour à l’hôtel, un bâtiment attire mon attention : la Court House, disons le tribunal, ou le palais de justice. Tiens, comme c’est intéressant, je vais aller voir si ça ressemble au décor des Perry Mason et autres séries du même acabit. Et hop ! Quelques minutes plus tard me voilà dans la place forte après avoir franchi le portillon et fait passé mon sac aux rayons X, contrôles de rigueur dans ce genre d’endroit. Par contre, aucune vérification n’est faite sur mon identité. Je demande où ont lieu les trials (les procès) et me retrouve deux étages plus haut dans un tribunal où je m’installe parmi d’autres bonnes gens. Je vois alors beaucoup de mes voisins sortir un caméscope... ?! Nous nous levons quand entre le juge. Quelle n’est pas ma surprise alors de constater que les avocats et les jurés sont... des nains ?? Ah ! Non ! Ce ne sont pas des nains, mais des enfants ! En costards, cravates et tailleurs de rigueur, ils doivent avoir à peine plus de treize ans. On m'apprend qu'il s'agit en fait d'une compétition entre high-schools (établissements scolaires du secondaire américain), et je comprends que l'affaire va être jugée sous la houlette d’un juge qui, lui, est un véritable professionnel. Il ne manque d’ailleurs pas de rappeler entre autres aux deux parties qu’elles ne doivent pas entrer en contact à l’école avant la fin de la compétition sous peine de disqualification. C’est du sérieux... Je pense qu’il ne s’agit pas de lycées de banlieues défavorisées : les familles ont l’air plutôt aisées, costumes cravates pour les grands et les petits, et armée de caméscopes dans les « tribunes ». L’affaire traitée ce soir est une sale histoire de prostitution. Bah ! la prostitution enfantine, c’est vraiment dégoûtant, je préfère quitter la salle !
Je repars vers UCLA car je pense être loin d’avoir tout vu de ce complexe à l’architecture si particulière, et je suis persuadé qu’on peut y apprendre énormément de choses intéressantes sur la vie américaine. Le trajet dure encore presque deux heures, et si j’ai changé de route, je passe tout de même près d’un tiers du temps à attendre le bus dans un froid assez rigoureux et sous un ciel très gris en ce début de matinée. Le métro est relativement pratique car il permet de parcourir de très longues distances, plusieurs dizaines de kilomètres en dehors des embouteillages. Je me rends compte que j’ai eu tort de le dénigrer lors de mon arrivée...
Tiens ! Le bâtiment consacré à la musique. Intéressant, cela fait longtemps que je n’ai pas écouté quelques envolées lyriques et symphoniques, alors je n’hésite pas un seul instant quand je vois des étudiants entrer dans un vaste amphithéâtre dans lequel je m’installe à mon tour, en m’assurant bien que je pourrai sortir sans difficulté au milieu du cours quand j'en aurai assez. Dans ce que l'on pourrait appeler l'antichambre de l'amphi, un pauvre bougre jouait de la guitare... folk ! Il égrainait quelques accords « populaires » que la bonne morale des conservatoires réprouve (trop souvent à tort). Quel sacrilège !! Jouer pareille musique dans un lieu ou l'on enseigne les finesses de Mozart, Chopin ou Tchaïkovsky !!! Mais j'oubliais cet incident que le profanateur paierait cher devant le dieu Musique, et m'installais en songeant aux délices que me procureraient bientôt les sons merveilleux que les petits doigts agiles d'une jeune et belle pianiste tirerait du piano à queue qui se trouvait sur la scène (car j’en étais persuadé : elle serait belle, jeune, jolie, et nous aurions beaucoup d’enfants qui écouteraient Mozart et Chopin au coin du feu, etc.). Ça se remplit, ça se remplit, des étudiants viennent occuper l’allée. Je suis un peu confus car je squatte le fauteuil de quelqu’un qui a certainement payé très chèrement son siège ! À plusieurs milliers d’euros la place dans cette salle de concert, j’estime qu’il a droit à quelque chose de plus confortable, alors je propose de lui laisser celle que j’occupe, mais apparemment ça ne le gêne pas de rester par terre. Ah ! L’amateur d’art éclairé qui ne s’encombre pas de questions bassement matérielles, c’est beau ! Je suis assez stupéfait : je n’ai jamais vu un amphi aussi grand et rempli, même si je sais que ça existe dans bon nombre d’universités françaises... Le cours va commencer. Le professeur arrive. Il est barbu. Il a un costume clair avec une cravate fleurie. Il n’a pas l’air de vouloir jouer des Nocturnes... Bref, il est cool, mais il n’est pas vraiment tel que je l’avais imaginé ! C'est alors que je remarque l'instrument qu'il a apporté avec lui : une guitare... électrique ! Hein !? Le concerto de Beethoven pour guitare électrique, c’est ça ?!! Il effectue les réglages. Je n'en crois pas mes yeux. Bon, attendons voir un peu la suite. Il commence un petit speech auquel je ne comprends pas grand chose si ce n’est que c’est le dernier cours avant les examens, mais les étudiants semblent apprécier, à en croire les vivats frénétiques qu’ils profèrent. Le cours va bientôt commencer. Le prof propose d'écouter un morceau et c'est la que le délire commence : des baffles surpuissantes incorporées dans l'amphi sort une musique... stupéfiante !! Une sorte de hard-rock (C'EST du hard-rock d'ailleurs !!!) avec guitares électriques hyper-saturées et partie « chant » (hum...) plus que gueularde.
L’enseignant place un transparent sur le rétroprojecteur. Je peux voir les paroles et le nom du groupe... c'est du Metallica !!! Je suis dans un cours de musique rock. L'intitulé exact, que je peux maintenant lire sur le polycopié par-dessus l'épaule d'un groupie assis dans l'allée est : « History of Rock and Roll ». Après ce premier extrait sonore, un intervenant vient nous parler du groupe en question, de sa place dans l’histoire du rock'n roll (?), de son apport (??), du sens de leurs textes (???), etc., le tout agrémenté d’exemples en live sur la guitare apportée par l’enseignant. Celui-ci en profite pour poser des questions à ses élèves, un peu comme le fait Meg Ryan à propos d’une chanson de Dylan dans ce film où elle campe un prof de Lettres dans un lycée difficile : quel est le message de cette chanson, que veulent dire les paroles, que traduit ceci, quelle particularité a ce groupe, etc. ? Je crois être en train de rêver, mais non ! C'est décidé : je reste. Je pense que d'autres invités tout aussi surprenants vont être de la partie. Le groupe suivant s'appelle Living Color. Ce nom ne dira rien à la plupart des lecteurs. Pourtant, il est très célèbre parmi les guitaristes électrifiés (un des guitaristes du groupe, est, selon les dire de certains magazines spécialisés, un descendant de Jimi Hendrix et de Stevie Ray Vaugan), et chez les batteurs fous. Pourtant, c'est tout aussi criard que les précédents. Je pense qu’ils s’y sont mis à plusieurs, eux aussi, pour arriver à un pareil résultat. La suite ! La suite ! ... Oui, oui j'y viens. La suite, elle est encore plus détonante : c'est du Public Enemy, puis du Ice T, des rappeurs sauvages, quoi ! Les commentaires du professeurs sont néanmoins très intéressants, et me donnent presque envie de courir à la médiathèque du coin pour emprunter leurs albums. Et Enfin, c'est à Nirvana de conclure ce superbe festival avec leur très célèbre Smells like teen spirits. Cependant il est l'heure, midi trente passé, et les étudiants succombent à ce rituel malheureux partagé de part et d’autre de l’Atlantique, qui consiste à montrer bruyamment que l’on a faim en commençant à ranger ses affaires et à s’en aller, ce qui incite le professeur à conclure hâtivement. Triste tropisme ! Nous quittons l’amphi dans le calme sur la chanson de Nirvana remise au début, un peu comme à la fin d’un film on quitte la salle de cinéma sur le générique...
À aucun moment, avant le début du cours, je n’avais pu imaginer le spectacle irréel auquel j’avais assister. Je ne connaissais de l’enseignement de la musique en milieu universitaire que ce que j’avais déjà vu dans les universités publiques françaises, c’est-à-dire un enseignement de la musicologie dont le but est, principalement, l’étude des formes dites « classiques », avec quelques incursions dans le jazz, musique tout aussi savante. Mais du (hard-)rock, du rap, de la variété... Ce n’est pas tant l’idée d’enseigner une musique « moins noble » que la « grande » musique qui me choque, que le fait de voir cet enseignement prendre place dans un tel lieu et rassembler une foule aussi importante d’étudiants. Une sorte d’ouverture intellectuelle... ? N’aurions-nous pas encore des choses à prendre ou à apprendre de ce pays (des choses moins « économiquement rentables » que les complexes cinématographiques et les chaînes de fast-foods) ?
Je poursuis ma promenade dans le campus à la recherche des œuvres d’art qui s’y dissimulent, et dont les universités s’enorgueillissent. En effet, les études d’arts, comme le lecteur en sera désormais convaincu, occupent une place importante dans les facultés américaines au travers de leurs Academic Schools of Arts, et des écoles privées de danse, de musique ou de théâtre (Fame, l’Actor’s studio, ça vous dit quelque chose ?). Les comédies musicales ne sont nées ni avec Notre Dame de Paris, ni même avec Starmania...
Ce matin j’explore downtown. Suivant les conseils de mon guide, je pénètre dans l’hôtel Bonaventura avec l’espoir de pouvoir accéder au restaurant situé au 32ème étage et profiter de la vue sur Los Angeles. Le hall et l’intérieur sont impressionnants de luxe et d’espace, comme dans les films. Je ne vais pas parvenir à atteindre le sommet du bâtiment car il est trop tôt et le restaurant n’est pas ouvert, mais je ne manque pas de remarquer la plaque apposée près de l’ascenseur qui rappelle qu’il a servi au tournage du film True Lies, remake d’un film français. Ce genre de plaque doit être fréquent vu que de nombreux films sont tournés dans les environs. J’en verrai d’autres dans deux jours.
Le McDo de la 7ème rue est rempli de clochards qui font la sieste, demandent un peu de nourriture ou attendent simplement que le temps passe. Les employés ne semblent pas s’inquiéter de ces intrus qu’ils n’essaient pas de chasser. Je n’ai ressenti aucune agressivité entre eux ou envers les clients. Un accord avec la direction du fast-food ? Bizarre...
Le célèbre Hollywood sign, symbole du quartier flanqué en plein milieu d’une colline sur les hauteurs d’Hollywood, et dont l’histoire est certainement racontée dans les moindres détails dans tout-bon-guide-qui-se-respecte-15-euros-dans-votre-librairie-favorite (à l’origine, une pub. Voilà, j’ai dévoilé l’essentiel du secret, et tant pis pour le guide !) attire tous les touristes du coin. La visite des studios Universals étant trop chère pour ma bourse, je décide de me rapprocher de ce lieu mythique qui suffit à lui seul à planter le décor d’un film ou d’une série télévisée. Je recherche également un point de vue intéressant sur downtown, afin de saisir la plus grande partie possible de cette gargantuesque cité qui s’étale tout de même sur près de cent kilomètres en longueur et sur plusieurs dizaines en largeur. Le lieu idéal est l’observatoire du Griffith Park. (Tiens, je me rappelle maintenant l’avoir vu dans un épisode de Rick Hunter : quelle culture !) On y est un peu à l’écart de la pollution, dans un parc gigantesque, en pleine verdure, et ça me rappelle plus la Corse par la flore et la route qui serpente en s’élevant vers le sommet de la colline, bloquant la vue sur le centre – renforçant encore le sentiment d’être en pleine nature –, que la ville que je n’ai en fait pas vraiment quittée. Il y a un petit musée consacré aux sciences de la Terre et de l’Univers tout à fait intéressant, et la vue est agréable. On voit le centre-ville aussi bien que les plages de Santa-Monica, mais l’agglomération est tellement grande et tellement polluée que la visibilité s’arrête bien en deçà de ses limites.
Les possibilités pour lier connaissance dans l’hôtel d’Inglewood sont assez limitées. Après être rentré, je dévore mon buffet-dîner, je regarde un peu la télévision et je vais me coucher. Il n’y a pas de lieu privilégié comme une cuisine, et trop de passage à l’extérieur. Sans être l’auberge de jeunesse usine type, l’endroit est tout de même très fréquenté, notamment par énormément de jeunes gens qui viennent ici pour faire du tourisme passif : piscine ou plage dans la journée, bar en terrasse au bord de l’eau le soir et night-club la nuit. De plus, les groupes sont déjà nombreux et formés, difficile d’en aborder un. C’est ici que j’ai compris qu’il y avait trois sortes de voyages (de pure détente, touristique, initiatique). La plupart des pensionnaires du Backpaper’s n’étaient intéressés que par le farniente. J’ai également retrouvé le paradoxe des grandes villes : des millions de gens autour de soi, et pourtant seul, si seul !
Les mythiques quartiers de Venice Beach et Santa Monica sont certainement plus intéressants à visiter en été si l’on veut goûter « l’atmosphère » des séries américaines à la Alerte à Malibu, dont je ne suis pas vraiment un fan. Aujourd’hui, personne à Muscle Beach, le coin aménagé sur la plage où les body-builders viennent soulever poids et haltères en plein air. Pas de blondes pulpeuses sur la plage, ni non plus de sauveteurs près de leurs cabanes. Par contre, pas mal de « loosers » hantent les abords de la plage, des traînards, vendeurs de souvenirs, graveurs sur bois, paumés des sixties et autres adorateurs de Krishna ou katmandouriens perdus... Il fait chaud tout de même, surtout comparé au temps qu’il doit faire en Normandie à la même époque, et je croise plusieurs joggers, cyclistes et autres roller-skaters, tous légèrement vêtus.
Dans Santa Monica, je rentre dans un magasin de photos dans l’espoir de pouvoir dénicher un zoom bon marché, car je sais que l’on peut trouver des prix vraiment très attractifs aux États-Unis. L’endroit est tenu par un fort sympathique Arménien parlant français et qui n’aurait pas pu exercer un autre métier que marchand... Il est fier de m’accueillir et de me montrer sa collection de billets de tous pays ornant les murs de sa boutique, ainsi que des photos sur lesquelles ont le voit en compagnie de stars d’Hollywood ou de personnalités politiques, des clients réguliers selon ses dires : Arnold Schwarzenegger, Nicolas Cage et je ne sais plus trop quel ancien président ou sénateur, entre autres. Bien, mais que peut-il faire pour moi ? Un zoom truc-bidule comme je veux ? Sûrement qu’il en a un, qu’il me présente avec mille précautions. Et comme je suis français et qu’il est gentil, il me dit qu’il me fait un prix spécial : cinq cents dollars. Pour un produit que j’estime en valoir à peine deux cents !! Premier contact avec le business américain : dans ce pays où des épiceries et autres magasins spécialisés sont ouverts 24 heures sur 24, où le commerce est une seconde nature, on peut se faire arnaquer en dix minutes sans rien voir. Il va donc falloir être prudent. Je remercie chaleureusement ce sympathique margoulin pour son offre en prenant congé, un peu interloqué par cette tentative d’escroquerie manifeste. Tant pis, j’attendrai une meilleure offre.
Je sais qu’aujourd’hui le MOCA, le Museum of Contemporary Art (Musée d’Art Contemporain), est gratuit en fin d’après-midi entre cinq et huit heures. Ce n’est qu’une fois à l’intérieur que je comprendrai pourquoi : il faudra qu’on me paye la prochaine fois pour que j’y remette les pieds. Décidément, l’art contemporain est une bien étrange chose... Mais je referai des efforts, c’est promis. Franchement, cela m’aurait gêné de payer pour voir des fils de fer tordus et des feuilles bariolées ou des dessins d’enfants (ou de personnes très âgées ?), alors que la visite d’une école maternelle procurerait infiniment plus de joie...
Je déménage de nouveau pour aller occuper l’hôtel de la 7ème rue, près du terminal de Greyhound, que j’ai repéré en arrivant l’autre soir. Mais je me trompe d’adresse et je ne m’en aperçois qu’une fois la nuit payée. Ce n’est pas celui que j’ai vu sur la pub, avec la belle chambre toute proprette et la télévision, mais un hôtel miteux et minable dans lequel les draps sont plus que douteux et la robinetterie réduite à sa plus simple expression. Si je ne rencontre pas de cafards, ce sera toujours ça de pris ! Je comprends ma méprise à la gare routière où je retire mon billet dans le bus qui part demain soir pour San Francisco : je me suis trompé de numéro dans l’adresse...
Dans cette gare, je vois aussi deux traits caractéristiques du travail américain. Le premier concerne le management et la motivation. Les plaques des employés du mois sont affichées dans la salle principale, une par mois, avec le nom et la photo de l’employé modèle à qui a été décernée cette distinction, dont je ne sais pas si elle n’est que purement honorifique ou si elle ouvre droit à une prime en fin de mois. Je pencherai plutôt pour cette solution, mais ce que j’ai vu dans les toilettes a détourné mon attention et j’ai oublié de demander. En effet, alors que je m’y lave les mains, je lis sur une autre plaque un avertissement à l’attention des employés, et expliquant en substance que la loi exige de ces derniers qu’ils se lavent les mains avant de quitter les toilettes à chaque fois qu’ils s’y rendent, et ce sous peine de sanctions, bien sûr. Il s’agit en quelque sorte, non seulement de rappeler leurs devoirs aux employés, mais aussi, et surtout, de prouver aux clients que l’établissement dans lequel ils se trouvent est propre, bien tenu, et qu’ils y seront toujours bien reçus et bien servis. Ce dernier mot est l’idée maîtresse : le service. Vous payez, alors vous pouvez exiger un service irréprochable, voire plus. J’ai immédiatement repensé à l’avion duquel j’étais descendu à Houston : certaines places étaient... sales, dégueulasses (pas d’autres mots !). Les passagers devaient être, j’en mettrais ma main à couper, américains. (Bon, disons qu’en tous les cas ils avaient un fort accent qui n’était pas celui de la langue slovène !) L’impression qu’ils m’avaient laissée était celui de consommateurs sans gêne : j’ai payé, donc je consomme, j’utilise, je salis et de toute façon c’est le travail d’un autre que de nettoyer, je n’ai pas à m’en soucier... La plaque me rappelle également la réalité de ce pays multi-États : « The State Law requires... », « La Loi de l’État exige que... », c’est-à-dire la loi de cet État-là, celui de Californie. Et il en sera peut-être autrement dans un autre État (encore que je doute, sur ce point, qu’un seul État interdise à un employé de se laver les mains avant de quitter les toilettes...).
Je visite la gare ferroviaire, célèbre parait-il car elle apparaît dans un film (ce devait être Blade Runner), et nommée Union Station, comme d’ailleurs presque toutes les gares aux États-Unis, j’ai l’impression ! (Il est tout à fait probable que ce vocable cache une réalité précise que je ne connais pas...) Puis je continue mon chemin vers le sud et j’arrive dans une nouvelle université, l’USC, la University of Southern California (Université de Californie du Sud). L’architecture est une nouvelle fois très particulière, un néo-je-ne-sais-quoi qui ne sent pas l’amiante. La bibliothèque, que je vais bientôt investir, est équipée d’ordinateurs Mac Intosh avec une connexion très lente. Surprenant et décevant car jusqu’à présent je n’avais jamais connu dans ce pays ces vitesses Internet... françaises ! Elles étaient toujours rapides. Je commence à paniquer lorsque je vois un policier entrer dans la bibliothèque et se promener dans les allées. Il me cherche ? Je n’ai pas l’habitude de ce genre d’intrusion : placer un fonctionnaire de police en tenue dans une bibliothèque universitaire française et tous les étudiants vont arrêter leurs jeux de cartes... heu ! je veux dire : vont poser leurs livres et les murmures vont s’amplifier. Alors qu’ici, personne ne bronche, tout le monde semble trouver cette présence normale, et je comprends peu à peu qu’elle l’est. Cet homme en uniforme est probablement l’un des agents de la sécurité, plus ou moins privée, qui surveillent le campus. (Souvenez-vous, on en voit de temps en temps dans les films et les séries : ils existent vraiment !). Apparemment ils ne me cherchent pas, ma crise de paranoïa aiguë est passée, je vais pouvoir rentrer calmement vers downtown.
La partie du centre-ville hébergeant les gratte-ciel a l’air très tranquille à la nuit tombée, mais mon coin est beaucoup moins sécurisant. Que de types à la mine patibulaire déambulent dans le quartier ! Je n’ai pas trop envie d’y traîner, alors je vais rentrer sans trop m’attarder après avoir mangé dans un nouveau fast-food. Je tente le Subway, une chaîne de la bonne dizaine de restaurants rapides de l’Ouest américain, où je déguste un excellent spicy chicken, un hamburger au poulet à la sauce épicée. Hier j’avais déjeuné dans un Taco Bell, le McDo mexicain où l’on peut commander tacos et burritos dont la qualité n’est pas constante. J’ai encore le choix pour mes nouvelles incursions dans la gastronomie du fast-food : il existe tant de chaînes que je ne les aurai pas toutes essayées d’ici la fin de mon voyage (je n’y mange pas tous les jours, d’ailleurs, heureusement !). Par contre, je n’ai pas vu un seul Quick : étonnant, non ?
Je vais passer la journée à l’USC après avoir déposé mon sac en consigne à la station de bus puisque ce soir je pars pour San Francisco. Les nombreux fast-foods et snacks habituellement présents sur les campus américains sont fermés (étonnant), mais je trouve mon salut dans une espèce de cafétéria self-service qui fait aussi office de magasin et est très bien approvisionnée. On y trouve de tout depuis les plats surgelés jusqu’aux soupes fraîches servies devant soi, en passant par les fruits et les confiseries...
Je passe une bonne partie de l’après-midi dans la salle d’une bibliothèque qui, si je comprends bien la plaque apposée sur l’un des murs de l’entrée, a servi dans le film The Graduate, dont Dustin Hoffman est l’un des interprètes et la musique l’œuvre du duo Simon and Garfunkel. Le volume est très impressionnant, et le lieu impose le respect. C’est d’ailleurs pour cela que je décide de ne pas engager la conversation avec la jeune fille qui occupe l’ordinateur à ma gauche, bien qu’elle n’ait pas l’air, elle non plus, d'avoir envie de travailler... Quelques heures au calme à « surfer sur la toile » pour donner des nouvelles, en prendre, consulter les sites qui me permettent de planifier mes prochaines expéditions – notamment en me renseignant sur les prix des diverses destinations de l’Ouest américain. Puis à me perdre dans les entrailles des rayonnages, feuilletant un livre ici ou là ; enfin, à ne rien faire, et c’est bon !
En sortant, je m’aperçois que la nuit est tombée et alors que j’attends le bus, j’assiste à « l’appréhension (!) d’un chauffeur par la police », comme on pourrait le lire dans un journal. L’arrestation est sérieuse : le policier a fait stopper la voiture près du trottoir, il avance lentement et sûrement, une main sur son arme, vers la portière du conducteur qui a descendu sa vitre et ne bronche pas d’un poil. Il le fait descendre, se tient à bonne distance de lui avant de s’approcher pour le fouiller et se replacer immédiatement à distance. On ne doit pas plaisanter avec une arrestation, comme me racontera un peu plus tard Valérie (de Houston). Elle avait été arrêtée, également, par une voiture de police, et légèrement paniquée, elle avait commencé à chercher son permis de conduire dans son sac. Cela avait inquiété le policier qui avait demandé du renfort. Elle se retrouva ainsi quelques minutes plus tard cernée par plusieurs voitures de police ! La consigne pour que tout se passe bien dans ce genre de situation est simple : garder ses mains sur le volant, bien visibles...
Je fais mes adieux à cette ville étrange et fascinante, à la fois l’archétype et le prototype de la ville américaine que nous connaissons sans l’avoir visitée à cause des innombrables séries et films tournés dans ses rues et ses buildings. Un dernier passage devant un hôtel utilisé pour le tournage de deux superproductions hollywoodiennes (Ghostbusters et Chinatown) achève de m’en convaincre. J’embarque à bord d’un bus pour ma prochaine destination. Il est neuf heures, et l’arrivée est prévue pour demain matin à sept heures et demie...
1 Même si ça semble archaïque quand on voit qu’aujourd’hui le système est automatisé dans certains bus ou métros en France ; cependant, outre-Atlantique, ils utilisent probablement cette technique depuis de nombreuses années, alors qu’ici...
2 De retour en France, plusieurs mois après ce voyage, je verrai à la télévision une publicité pour une voiture tournée dans un lieu ressemblant très fortement à l’université. Les étudiants et leur professeur sont assis sur la pelouse ; derrière eux, un bâtiment. UCLA ? Ça se pourrait ; en tous les cas, c’est très ressemblant...
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