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Lever à 6 h 30. Le gérant de l'hôtel m'avait assuré qu'il se levait tôt et serait là, mais j'ai beau appeler, personne ne pointe le bout de son nez... À la gare, le bus qui devait partir à 7 h 30 semble ne pas exister. On m'explique que je dois me rendre à Hubbli puis changer de bus pour Hampi. C'est alors que ce que l'employé m'a dit hier matin devient clair : il ne parlait effectivement pas de Hampi mais de Hosapete, et le tarif donné ne vaut que pour cette première partie du voyage qui se fera en deux étapes. Me voilà donc dans le bus qui part pour Hubbli (180 Rs). C'est agréable car il n'y a pratiquement personne pour le moment, et il ne fait pas encore trop chaud. Je dois même fermer la fenêtre à cause des courants d'air. Au fur et à mesure, le bus se remplit. On traverse une région assez montagneuse ; ça tourne, et je comprends mieux le type de conduite qui effraie tant d'Occidentaux. Le bus double tout le monde, les voitures comme les poids lourds ou les autres bus, et cela parfois sans aucune visibilité, sur une route qui ressemble à un Serra-Zonza ! Je ne suis pas au bout de mes surprises concernant la conduite indienne... Pour l'heure, je préfère regarder les paysages qui défilent.
J'avais remarqué que mes chaussures intéressaient les Indiens, je constate qu'il en est de même de ma montre. J'ai échangé mon modèle "de ville" contre un autre à dix euros acheté chez Go Sport ou Décathlon. En cas de perte, ce n'en serait pas une si grande... Quant à mes chaussures de marche, elles font en effet fureur dans un pays où l'on voit plus de claquettes et de sandales que de chaussures fermées, et souvent même des pieds nus dans la rue. Moi ce qui m'étonne chez l'Indien, c'est moins son accoutrement que ses habitudes, notamment le fait de cracher tout le temps. Par la fenêtre du bus, à côté du bus, dans la rue... Homme comme femme, ça crache !
Arrivé à Hubbli en milieu de journée, j'ai cinq minutes — juste le temps d'aller aux salutaires toilettes qu'on trouve dans toutes les gares et où, contre quelques roupies, on peut faire ses besoins — avant le départ du prochain bus pour Hosapete (150 Rs), d'où je pourrai enfin attraper un bus pour Hampi situé à une quinzaine de kilomètres. Le vieux tacot se remplit comme ce matin jusqu'à mi-parcours, puis se vide doucement jusqu'à l'arrivée. Cette deuxième partie du voyage est moins agréable en raison de la chaleur et de la promiscuité. Pour mon troisième voyage en bus, je constate que je suis toujours le seul Occidental à bord. Ou bien ce n'est pas du tout le moyen de transport adopté par les autres touristes, ou bien la saison n'a pas encore commencé et je suis le seul étranger dans la région ! Au final, je pense que les deux explications doivent être considérées : les touristes semblent préférer le train au bus qui a mauvaise réputation (alors que j'apprécie ce moyen de transport, surtout ceux que j'ai pris aujourd'hui, pour leur rapport qualité-prix), et j'aurai l'impression partout où je passerai que ce début de saison touristique n'est pas parti sur les chapeaux de roues.
Voilà une autre coutume locale fort choquante après le crachat, et qui me fait repenser à l'inscription vue hier sous les arcades : l'Indien jette tout par terre ! Le papier qui emballait les délicieux petits "snacks" achetés au vendeur monté dans le bus lors d'un arrêt ? Par la fenêtre ! Le paquet de chips vide ? Par la fenêtre ! Le ticket qu'on ne veut pas garder ? Par la fenêtre ! Je comprends que la grande poubelle que je cherche partout depuis mon arrivée est là, sous mes yeux : c'est la rue ! Je m'obstine à mettre mes saletés dans ma poche en attendant de trouver l'endroit adéquat pour m'en délester... Je n'ai vraiment rien compris ! J'ai noté d'autres habitudes assez étonnantes mais j'attends encore la confirmation de certaines hypothèses avant de me faire une idée...
Dernier tronçon en bus, un bus "urbain" me permet de rejoindre enfin Hampi. J'espérais arriver en milieu de journée, et il est 18 h quand je descends du bus. Au passage, je peux observer le système qui permet au contrôleur-vendeur de billets de communiquer avec le chauffeur à l'autre bout du véhicule. Le premier est équipé d'un sifflet : un coup signifie qu'il faut s'arrêter pour laisser descendre quelqu'un ; une série de plusieurs coups signifient : on peut repartir ! Ce métier nécessite d'être physionomiste et d'avoir de la mémoire car lorsque trois personnes descendent et cinq montent simultannément à l'avant et à l'arrière, il faut pouvoir suivre le mouvement. Le premier avantage pour moi, avec ma tête et mon acoutrement d'étranger, c'est que jamais on ne m'a demandé de payer plusieurs fois (pas arnaque possible avec les compagnies d'état puisqu'on donne systématiquement un ticket). L'autre avantage, c'est que lors des arrêts prolongés, en général on s'assurait que le "gringo" était bien remonté avant de repartir, alors qu'une fois on a cru qu'on était en train d'oublier quelqu'un sur le bord de la route. Ce qui est plutôt sympathique comme attitude, et loin des images et des clichés qu'on se fait du pays et de ses habitants...
On est venu m'accueillir à la descente du bus. Un individu se présente : il peut me conduire à un hôtel très sympa. Encore une super affaire, quoi ! Bon, eh bien soit, allons voir, surtout qu'il va m'y mener dans son tchouck-tchouck. J'accepte car les prix sont cassés et c'est le meilleur hébergement que j'ai eu jusqu'à présent. Pour 800 Rs, j'ai droit à un vrai grand lit, une salle de bain privative, le ventilateur, et surtout des moustiquaires aux fenêtres ! Cela confirme ce que je supposais plus tôt : on manque de touriste par ici... Je change 100 € (au taux de 78 Rs) avant d'aller faire un tour.
Ce bout de ville, qui s'est développé en relation avec le site archéologique qui est l'objet de mon arrêt, est constitué de deux rues piétonnes parallèles reliées perpendiculairement par plusieurs petits bouts de rue. Enfin, rues piétonnes, mais aussi ouvertes aux deux et trois-roues ; il n'y a que les voitures qui n'ont pas droit de cité dans cette partie de la ville. Heureusement d'ailleurs, car ce n'est pas très large.
Je pensais avoir déjà vu la densité maximale autorisée dans une ville touristique, mais je constate qu'ici on a repoussé les limites : chaque maison, chaque pas de porte, chaque vitrine abrite soit un hébergement, soit un restaurant, soit une échoppe pour le local, soit une petite boutique pour le touriste ! Et tout reste ouvert tard dans la soirée. En même temps qu'un sentiment mêlé de pitié et de tristesse pour ces gens qui attendent désespérément le touriste dans ces rues presque vides, va naître une certaine aversion contre cette pratique qui consiste à essayer d'attirer le client dans sa boutique. Sans compter les invitations des conducteurs de tchouck-tchouck qui s'improvisent aussi guide proposant tout un tas de sorties géniales dans les environs...
L'avantage de ce genre de lieu très touristique se situe au moins au niveau du choix dans la restauration. Plusieurs restaurants affichent leurs orientations multiples : locale, chinoise, occidentale, etc. J'opte pour une pizza, la cuisine "occidentale" étant synonyme pour moi d'absence d'épices. J'avais faim et la pizza est bonne, mais j'ai tout de même du mal à finir ma "quatre fromages", que j'accompagne d'un délicieux lassi à la mangue... Je m'approche ensuite de l'immense tour du temple situé au bord du village que j'ai pu voir en arrivant et qui m'a procuré beaucoup de joie car elle annonce enfin un vrai lieu saint grandiose... Je me couche tôt pour espérer dormir un peu mieux que les nuits précédentes et partir assez tôt à la découverte des sites de la région.
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La tour principale (gopuram) du temple de la ville de Hampi |
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