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Lever à 11 h (j'avais prévu 9 h). Je commence ma journée par un passage au bureau de poste dans le but de faire un petit paquet avec les affaires que j'ai mises de côté. Après une bonne demi-heure d'attente (il n'y avait que deux personnes devant moi !), je me vois notifier une fin de non-recevoir par le préposé : l'envoi d'appareil électronique est interdit par la poste, et je n'avais pas d'autre choix que de lui montrer le contenu de ce que je voulais faire transiter par ses tuyaux. Tant pis, je vais trimballer tout ceci jusqu'à la fin du voyage. J'achète deux timbres au passage1, au moins je ne serai pas venu pour rien...
Je passe ensuite par la gare routière, juste à côté de l'endroit où le bus m'a déposé hier. Tous les bus des compagnies d'état arrivent et partent d'ici, à la différence des bus privés comme celui que j'ai emprunté. Refroidi (ou rafraîchi !) par mon premier voyage, je me décide à ne pas retenter l'expérience. C'est cher (comparativement au train ou aux autres compagnies), extrêmement long et peu confortable. Bref, un rapport qualité-prix trop faible pour ne pas avoir envie de chercher un bus qui partirait dans la journée et qui coûterait moins cher. J'ai encore du mal à expliquer ce que j'attends à l'employé de la gare. Il me semble comprendre (?) que trois ou quatre bus partent demain à la demi entre 6 h et 9 h pour se rendre à Hampi, ma prochaine destination, et qu'il faudra compter 180 Rs pour quelques centaines de kilomètres. C'est noté, je serai là demain matin aux aurores. Mon idée est désormais de voyager tôt le matin pour arriver le plus tôt possible à destination afin d'avoir le temps de trouver un logement.
Pour occuper ma journée, je me décide, un peu en traînant les pieds, à aller voir Old Goa, la vraie ville historique, atteignable en une demi-heure en bus. Je m'installe dans celui qui est sur le départ pour en redescendre aussitôt car je me retrouve pris en étau entre deux individus et je n'ai pas envie de passer une demi-heure avec cette chaleur dans cet enfer roulant ! Je change de plan. J'attrape un bus qui va vers la plage de Miramar Beach plus au sud. Je ne compte pas me baigner, juste profiter si possible d'un peu de calme et de farniente. La région de Goa est célèbre dans le monde entier pour ses plages de sable fin et ses cocotiers. C'est un haut lieu du tourisme balnéaire pour ceux qui veulent profiter de la mer et faire la fête. Seul, cette perspective ne m'attire pas plus que ça. De plus, les belles plages sont à une bonne heure de la ville où j'ai choisi de résider (Panaji). Je ne suis là que pour voir de loin à quoi ressemblent les environs (et pouvoir dire un jour : "Goa ? Oh bien sûr que j'y suis déjà allé..." !). Ce n'est qu'une étape, un jalon vers la seule destination incontournable de mon voyage...
Je me promène ainsi une bonne partie de l'après-midi le long de la plage et des jardins qui bordent l'océan. C'est calme, pas trop fréquenté et personne ne se baigne vraiment ici. Il y a pas mal de locaux qui viennent entre amis ou en famille, avec les enfants et les grands-parents. Je me rends compte que l'Indien ne porte ni lunettes de soleil, ni casquette, à part quelques jeunes, mais ça reste très rare. Cet acoutrement vital à l'Occidental n'est pas entré dans les canons de la mode locale. Cela constitue donc un bon critère pour savoir de loin si l'on a affaire à des locaux ou des touristes : si lunettes de soleil ou casquette, forte probabilité que ce soient des touristes...
Des bateaux mouillant au loin semblent avoir été convertis en casinos. Des petites embarcations emmènent les touristes (locaux essentiellement) voir les dauphins au large. Certaines dégueulent leurs décibels, donnant un avant-goût (à moins que ce ne soit pour rappeler des souvenirs) à ceux qui rêvent d'Ibiza... Il y a beaucoup de chiens errants dans les rues, et c'est la deuxième fois que je me fais cette réflexion : ils ont tous les oreilles pointues !? Qu'ils soient petits ou gros, quelle que soit leur couleur, ils ont tous les oreilles qui se terminent en pointe plus ou moins acérée... Manipulation génétique au cours des siècles ? En tous les cas, ils semblent bien inoffensifs, la plupart étant allongés sur le sol, comme s'ils avaient été mis KO par la chaleur... Sur un terrain, des joueurs pratiquent un drôle de sport...
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un drôle de sport... |
Je déjeune en plein après-midi de quatre morceaux de "snack" achetés dans une petite boutique pour une somme vraiment modique (30 Rs). Et j'ajoute un gâteau acheté dans une vraie pâtisserie — mais pas très fameux. Ça me suffit, d'autant que j'ai encore droit à ma dose d'épices... Depuis le début du voyage, je constate que je n'ai pas très faim. Je bois énormément, mais j'ai un appétit faible malgré les kilomètres que j'avale. Je pense que la chaleur n'est pas étrangère à ce phénomène. J'achète aussi des fruits dans la rue : quatre mini bananes, qui se révèleront excellentes, et deux oranges (plutôt des grosses clémentines). Fruits à peler, c'est autorisé !
Alors que je fais une halte sur un banc, j'ai droit au traditionnel défilé des vendeurs qui guettent le touriste. L'un me propose un plan ou des étoffes. Un autre me fait la démonstration d'un petit objet fascinant consistant en des demi-cercles en ferraille assemblés les uns aux autres pour former un ensemble articulé pouvant prendre de multiples formes : une boule, un vase, un collier, un tamourin, un sablier, une fleur de lotus, etc. Le jeune vendeur a un bon bagout et finit par me proposer sa merveille, devenu pour moi un objet de convoitise (quand on aime les mobiles et autres objets articulés comme les casse-têtes...), pour 650 Rs. Je m'esclaffe ! Je sais bien que ça doit en valoir à peine un dixième, et sans doute même moins... Comme je suis là pour ça, je m'exécute et j'entame les négociations. Je parviens à faire baisser le prix à 300 Rs. Je sais que c'est encore bien cher pour ce que c'est dans ce pays, mais j'ai passé un bon moment et le vendeur m'est sympathique. Je lui tend un billet de 500 Rs. L'erreur ! Le bougre est bien décidé à ne pas me rendre la monnaie et me propose immédiatement d'en acquérir deux pour 500 Rs. J'éclate de rire intérieurement en pensant qu'il voulait me refourguer sa camelotte pour 650 Rs il y a cinq minutes, et que maintenant il est prêt à me la laisser pour 250 Rs ! Je ne saurai jamais combien ça vaut en vrai mais j'accepte de bon cœur. Peut-être que cela a constitué ma bonne action de la journée...
Je poursuis ma balade vers le sud. Je n'ai pas exploré cette partie de la ville pensant qu'il n'y avait rien à voir, mais je m'aperçois qu'il y a encore pas mal de vie par là. Notamment des hôtels, guesthouses, lodges en pagaille ! Proposer un hébergement est une activité extrêmement répandue. À croire que l'Indien ne dort jamais chez lui... Je me rends surtout compte que je n'aurai pas dû écouter mon guide encore une fois car j'aurais certainement pu trouver bien mieux pour pas plus cher si je ne m'étais pas jeté sur la première place trouvée par peur de dormir dehors ! Je poursuis mon chemin car sur le plan est indiqué la présence de pluiseurs temples hindous. Enfin vais-je peut-être avoir l'occasion d'y jeter un œil de plus près. Le chemin me conduit sur les hauteurs de la ville. Je vois poindre une immense bâtisse qui ressemble à un temple, mais c'est une structure moderne. Je ne m'attarde pas trop car la nuit tombe. Je fais une photo de la ville, qui semble vraiment peu attirante de là-haut...
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Vue partielle d'un temple moderne | ![]() |
Une ville peu attirante de prime abord... |
Je vais continuer mon chemin en contournant la colline encore plus au sud. Ça continue de grimper jusqu'à ce que je me retourve dans un quartier dont je n'aurais jamais soupçonné l'existence. Et bien entendu, le guide n'en dit pas un mot... Je suis dans un coin "huppé" de la ville, sur les hauteurs, entre des maisons de gouverneurs ou de chefs de ceci, de grandes villas entourées et bien délimitées les unes par rapport autres, aux jardins bien entretenus. Ce n'est pas non plus Hollywood, mais de ce que je verrai en Inde, c'est unique. Je reviens au bercail en longeant le fleuve. La circulation de cette fin de journée est dense. Je marche à nouveau entre le trottoir et le flot de véhicules, frôlés à chaque instant par une moto ou une voiture. Quelle joie que d'évoluer parmi les engins motorisés, que ce soient de simples scooters ou des camions-bennes !
Je dîne dans un restaurant-snack moderne tenu par des jeunes. Nouvelle pause piment pour mon estomac, en espérant que cela ne me conduira pas à un autre genre de crise intestinale... Dans la petite rue au retour, alors que je me promène au clair de lune, j'assiste au deuxième accrochage léger de mon séjour. Deux scooters se sont frôlés... de trop près ! L'un des conducteurs descend de son véhicule. Le ton monte. C'est étrange car je ne ressens pas non plus une extrême violence à ce moment, et pourtant la situation a l'air d'être dramatique vu l'attroupement qui se forme. Comme si les deux individus se retenaient, ou bien comme si le moindre mot un peu haut était déjà considéré comme une violence insupportable au pays de Gandhi (ou de Candy ?). Pourtant, on sait la violence dont sont capables certains individus dans ce pays, qui n'hésitent pas à brûler des êtres vivants, parfois de leur propre famille... Pour en revenir à l'accrochage, chacun remontera sur son engin et continuera dans sa direction. Je me rends compte que si la circulation est anarchique, la vitesse des véhicules est en général très mesurée. Que ce soit une contraine imposée par la densité du trafic ou le résultat d'infrastructures en mauvais état avec des nids de poule en pagaille, je pense que c'est un facteur clé qui permet au système de ne pas s'écrouler, car la même chose dans les rues de n'importe quelle ville en France conduirait rapidement au chaos...
Nouvelle nuit agtée. Les chiens recommencent leur cirque, comme si la fraîcheur de la nuit leur redonnait leur vigueur que la chaleur du jour leur avait volée. En attendant, c'est moi qui trinque, surtout que j'ai mis mon réveil très tôt demain pour attraper le premier bus...
1Trois semaines après leur envoi, les deux cartes postales n'étaient toujours pas arrivées en France... (Payot, 2000).
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