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Arrivée à Panaji vers midi. Nous aurons mis au total dix-huit heures pour parcourir les 600 km séparant les deux villes ! Et encore, le bus poursuit sa course jusqu'à une ville encore plus au sud de la région... Je descends avec mon sac, dis au revoir à la jolie jeune femme, sa mère et son enfant avec lesquels j'aurais bien aimé passer plus de temps, mais je doute que ce soit la coutume dans ce pays... J'ai chargé la carte de la ville avant de partir hier soir, et je peux m'orienter facilement pour trouver mon chemin. Une bonne demi-heure de marche plus tard, après avoir refusé plus d'une dizaine de tchouck-tchouck, je rejoins le centre historique et touristique de la ville, à savoir l'ancien quartier portugais. La première adresse indiquée par mon guide affiche complet. Je me souviens qu'il prévenait de réserver en haute saison de façon générale en Inde, mais aussi à Goa, lieu touristique s'il en est, surtout les week-ends ! Un peu paniqué à l'idée de ne pas trouver de place, j'accepte la première proposition que je trouve ensuite, une chambre avec ventilateur au plafond, douche, toilettes privées et (paraît-il) eau chaude incluse. Les murs sont décrépis et la salle de bain peu accueillante, mais le tout ne vaut que 600 Rs, que demander de plus ? Après avoir tenté de me reposer, je demanderais bien finalement un matelas qui fasse plus de cinq centimètres, et moins de trous dans l'encadrement des fenêtres (qui doivent être de véritables passoires à moustiques). Système-D contre les trous : je sacrifie l'un des vieux tee-shirts de mon sac, que je découpe pour colmater ici et là sur toute leurs longueurs les pourtours des fenêtres. La rue minusucle est extrêmement bruyante, je pensais même que ce serait très calme car elle ressemblait à une impasse, mais le petit resto en face draîne de nombreux clients en deux-roues...
Après un peu de repos bien mérité, je pars à l'assaut de cette nouvelle contrée. Le quartier est relativement calme car les rues sont petites et moins fréquentées, mais la façon de circuler est toujours indentique : on klaxonne, on klaxonne, et si jamais, on klaxonne encore ! Je continue de marcher la moitié du temps au moins sur la chaussée. J'ai désormais une théorie sur la rue en Inde : le piéton serait un véhicule comme un autre, un "deux-jambes" quoi, s'insérant (comme il le peut) dans la circulation, les autres engins tenant compte de lui afin que le trafic s'écoule de façon fluide. Et de fait, je n'ai jamais vu un conducteur se plaindre des piétons sur la chaussée. À partir du moment où il a un klaxon, le conducteur indien est un conducteur heureux... J'en viens à imaginer que s'il existe des auto-écoles et un apprentissage pour le permis de conduire, l'utilisation du klaxon doit figurer comme l'épreuve centrale de l'examen ! J'estime qu'un conducteur indien utilise plus son klaxon en un kilomètre que le boulanger ou le boucher durant toute une tournée dans l'Alta-Rocca... J'émets immédiatement une autre hypothèse sur le code de la route de ce pays : la seule règle est qu'il n'y a pas de règle. Juste une consigne : on roule à gauche. Et encore ! Le code de la route doit préciser un certain nombre d'exceptions : quand ça peut fluidifier le trafic, quand ça fait gagner du temps, quand ça arrange, et surtout quand ça permet d'éviter les innombrables nids de poule, on peut rouler à droite, au milieu, voire à contresens, y compris sur les voies séparées par un terre-plein ! J'ai vu des ronds-points où la notion de gauche et de droite disparaissaient (précision : on roule à gauche en Inde, comme dans tous les pays où l'on ne sait pas conduire !)... Les dépassements sans accident restent un mystère profond à mes yeux qui dépasse tout entendement et ne peut se comprendre sans faire appel aux trois cent millions de dieux locaux... Quant à la seule règle de priorité qui vaille, cela semble être la priorité au plus fort, au plus lourd, ou à celui qui aura le plus de culot. Toujours est-il que j'adore marcher dans ce cadre — ou plutôt dans cette absence de cadre !
Le coin est coloré et l'architecture fait plus penser à un vieux quartier de Lisbonne qu'à une ville indienne. Un peu de dépaysement secondaire pour éviter la routine du dépaysement principal, c'est chouette ! Une des attractions de la ville est sa cathédrale immaculée. Mais je me sens autant attiré dans ce pays par des églises qu'en plein pays cathare par un temple hindou ! En face du lieu saint, sous des arcades, je lis un avertissement peint sur le mur rappelant qu'on doit jeter ses déchets dans des poubelles. Ce genre de message destiné à la population dans le but de "l'éduquer" est fréquent dans les pays les moins développés (en matière économique aussi bien qu'hygiénique). Je me souviens de semblables avertissements en Amérique du Sud (dans le métro de Santiago du Chili par exemple). J'en verrai d'autres plus tard.
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Cathédrale de l'Immaculée Conception, Panaji | ![]() |
« 'God' is watching you » Peut-être, mais lequel ??? |
Je continue cette exploration urbaine. La partie moins touristique m'offre le visage de toutes les villes indiennes : bruit, pollution, ciruclation anarchique, saleté... Le caractère hautement touristique de la ville saute aux yeux quand on voit le nombre de magasins de souvenirs et d'objets artisanaux des artères les plus importantes. Je n'achète rien, considérant que ma valise est déjà bien chargée pour un voyage de type "routard"... Je tombe sur un café-internet. Enfin, plus simplement, une boutique-internet, parce qu'on ne propose rien à boire ou à manger. Beaucoup d'échoppes proposent des services liés à l'informatique : scan, copie, impression, etc. L'ordinateur est loin d'avoir envahi tous les foyers (il faudrait commencer l'invasion par l'eau chaude et l'électricité, quand ce n'est pas l'eau courante !). On peut parler d'une véritable fracture. Une fracture ouverte, même... Je m'installe pour consulter mes mails et regarder deux ou trois choses sur les environs. Ah ! le charme des claviers qwerty et des connexions à la vitesse du modem 56 K... Je trouve l'Inde en retard à ce niveau par rapport à l'Amérique du Sud que j'ai un peu connue en l'an 2000, et qui n'était pourtant pas très riche non plus.
Sur le chemin du retour, je m'arrête pour manger un thali avec des chapatis (mon premier vrai repas de la journée encore une fois). Je me rends compte que tous les thalis ne se valent pas. Ensuite, retour doucement vers l'hôtel. Comme les jours précédents, j'ai fait entre dix et vingt kilomètres à pieds et je n'ai pas trop envie d'aller encore traîner dehors. La vie nocturne indienne ne m'intéresse pas. Déjà la vie nocturne européenne... La nuit sera calme, le restaurant d'en face étant fermé le soir. Seuls des chiens se battant et hurlant à la mort me réveilleront en plein milieu de la nuit, mais globalement, je peux enfin dormir quelques heures et me reposer. Avant de me coucher, je commence à effeuiller mon guide de voyage en arrachant toutes les pages des lieux que je suis certain de ne pas visiter (et sinon, tant pis, je me débrouillerai), puis en faisant la chasse à tout ce qui se trouve dans mon sac. Je me rends comtpe que je n'utilise pas mon appareil photo, celui de mon téléphone étant suffisant pour le type de clichés-souvenirs que je prends. Je décide de le renvoyer en France par la poste demain, avec un petit sac et deux ou trois bricoles. Ce seront toujours quelques centaines de grammes en moins. Se délester le corps pour se délester l'esprit...
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