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Jeudi 6 décembre 2018

J'achète au gérant de l'hôtel une place dans un bus couchettes (sleepers comme on dit là-bas) pour la ville de Panaji, état de Goa, partant à 18 h. Il prend sa petite commission au passage, mais le tarif me paraît honnête : 1100 Rs, soit une quinzaine d'euros, avec la promesse (enfin l'espoir...) de pouvoir dormir, ce qui évite au passage une nuit d'hôtel. L'opération semble rentable, même si je sais que dormir m'est déjà difficile actuellement dans un vrai lit. J'aurais bien aimé essayer le train, mais tous les guides consultés indiquent que réserver en haute saison relève du parcours du combattant ! La prochaine fois peut-être. Je quitte l'hôtel après avoir confié mon sac au gérant et réussi à me détourner de la sympathique Italienne en tenue de saison qui pianote sur son ordinateur dans le hall-réception-palier. Je retourne sur les quais non loin de là pour faire l'excursion sur l'île d'Elephanta que ne recommende pas chaleureusement mon guide. Le lieu est décidément très fréquenté, ainsi que je l'avais noté hier. Il y a foule partout, on vient pour se prendre (ou se faire prendre contre rémunération) en photo. Les vendeurs de glaces et de grignotages pullulent, ainsi que les "croisiéristes" qui proposent un tour en mer.

La traversée dure une heure. On peut grignoter également sur le bateau où l'on vend pour dix roupies des petits paquets de chips. La promenade en mer est agréable en soi. Se laisser bercer par le bateau en échappant aux bruits de la ville procure un grand plaisir. Je me fais cette réflexion qui sera confirmée par la suite mais qui vient de je ne sais où : je n'ai pas rencontré une seule femme enceinte en deux jours ! Dans ce pays surpeuplé, je suis surpris de ne pas voir la femme porteuse du prochain Indien à naître à chaque coin de rue. Je fais l'hypothèse que dans ce pays très peu concerné par le respect d'une parfaite égalité homme-femme à l'occidentale, la femme ne se promène pas dans la rue jusqu'au huitième mois et demi de grossesse. De fait, je ne verrai qu'à deux ou trois reprises des femmes enceintes par la suite, et à chaque fois à un stade intermédiaire.

La visite de la partie touristique de l'île est des plus intéressantes. Ce qu'elle offre n'est pas grandiose mais n'en demeure pas moins très impressionant. J'y découvre — enfin ! — des éléments en rapport avec l'hindouisme, des dieux et des lieux sacrés, bien que plus en activité.

Grottes sculptées dans la roche À l'intérieur de la grotte principale, sculptures monumentales Sadashiva, ou Shiva Mahadeva tricéphale

Retour doucement, comme je suis venu. Je récupère mon sac et me dirige à l'endroit indiqué pour prendre le bus. J'ai du temps devant moi et envie de continuer à découvrir la ville, alors je me mets en route pour une petite course d'environ cinq kilomètres. Je repasse par de grosses artères déjà parcourues hier. Les demandes des conducteurs de tchouck-tchouck sont toujours aussi nombreuses. Je commence à en prendre la mesure ! Qu'ils soient stationnés ou en mouvement, s'ils sont libres (et parfois même déjà chargés !), ils me hèlent ou me klaxonnent... Ma valise trolley-sac à dos est une bonne idée : au bout d'une demi-heure, j'en ai plein le dos — au propre — alors je la transforme en trolley et la trimballe derrière moi. Je marche le plus souvent sur la chaussée, le trottoir étant soit enconmbré, soit trop défoncé, et parfois inondé ou impraticable. J'évolue donc au milieu des deux, trois et quatre roues de toutes tailles. Leur seul point commun est leur usage immodéré du klaxon, qui semble vouloir dire : "Attention ! j'arrive alors fais gaffe et évite de faire des écarts !" J'apprécie cette apparente liberté car au final, pour l'instant en tout cas, tout se passe très bien et ma progression a toujours été fluide, bien plus que sur la plupart des trottoirs parisiens encombrés, même sur les plus larges avenues...

Ce coin de la ville ne ressemble pas du tout à ce que j'imaginais. J'attendais des rues dégagés, quelques immeubles assez hauts et une zone plutôt résidentielle, et je m'enfonce dans un no man's land pas mieux loti que les quartiers traversés hier après-midi. Je pensais trouver de quoi me sustenter ou patienter en attendant le bus, et me voilà dans ce qui relève plutôt du bidonville, donc assez peu accueillant pour le touriste. Je parviens à trouver un restaurant à l'allure convenable. Je n'ai pas déjeuner et l'on approche cinq heures. Une fois de plus, j'ai du mal à m'entendre avec le serveur sur les plats. Je ne sais pas bien ce que je vais avaler. Et finalement, ce sera encore essentiellement un plat aux épices bien piquantes, que je mange en partie seulement car le temps presse ! Je parviens à trouver la rue et l'endroit à partir des indications écrites sur le billet par le gérant de l'hôtel. Je suis bien dans un quartier très pauvre. Des taudis un peu partout, en face un terrain vague servant probablement de parking où jouent trois ou quatre gamins pieds nus, quelques vendeurs qui proposent trois articles posés sur une couverture à même le sol... Les images du Maroc ou de la campagne russe me reviennent en tête. Malgré tout, je vois des gens qui vont et viennent, vaquant à leurs occupations et à leurs petites affaires, des enfants qui s'amusent et rigolent (le cerf volant est très apprécié, certains volant très haut dans le ciel encore bleu de cette fin d'après-midi). Rien qui au final semblent laisser croire que ces gens sont plus "malheureux" que leurs riches voisins des quartiers huppés, ou que le touriste de passage qui semble s'être perdu dans ce tableau peu banal, un peu comme un individu déguisé pour aller à un bal masqué dans le métro aux heures de pointe...

Je m'installe à la place qui m'a été attribuée. C'est sommaire et spartiate, mais je suis encore rempli d'espoir en pensant que ce sera suffisant pour passer une bonne nuit ! De chaque côté, deux rangées de couchettes superposées, à gauche des "une place" et de l'autre, des "deux places" pour les couples. Un rideau permet d'isoler chaque couchette. Pour le moment, nous ne sommes pas bien nombreux, mais j'ai comme la vague idée que ça va se remplir au fur et à mesure de notre progression, comme je l'ai vu se faire en Amérique du Sud...

Confortablement installé sur la couchette de mon "sleeper" (Non, la photo n'est pas mal orientée !) Quartier pauvre (mais courant) de Mumbai (format mp4)

Ça y est ! Nous partons. Mon voyage commence réellement avec ce mouvement : bouger, aller vers l'avant, ce qui veut dire ici : vers le sud... Les premiers décamètres me donneront tout de suite l'allure du voyage : lente ! La progression est pénible, la rue encombrée et c'est l'heure de pointe, à supposer qu'il y ait une heure de pointe en Inde pour ce qui relève de la circulation. Finalement, l'air conditionnée, absente ici, s'avère totalement inutile : il suffit d'ouvrir la fenêtre pour être bien conditionné... Dieu que la progression est difficile, en effet ! Un coup d'œil sur la carte montre que nous allons devoir traverser une bonne partie de la ville du sud vers le nord afin de pouvoir atteindre le premier pont permettant ensuite de faire demi-tour pour prendre la direction du sud où se trouve l'état de Goa. Et ainsi que je l'avais prévu, le bus s'arrêtera à de nombreuses reprises pour prendre des passagers. Il faut près de trois heures pour commencer à amorcer notre virage vers le sud ! Le bus circule ensuite hors de la ville, mais donne l'impression qu'il y a un ralentisseur tous les trois cent mètres ! La progression est plus difficile que sur une route communale un peu abimée du centre de la France par un petit matin brumeux...

Lors d'un arrêt s'est installée sur la couchette en-dessous une jeune femme avec un enfant en bas âge. J'ai hâte de faire leur connaissance... Et finalement nous faisons une première pause pour souper. C'est une sorte de relais qui accueille les bus jour et nuit pour permettre aux chauffeurs et à leurs passagers de se restaurer. J'aimerais manger quelques morceaux (du "snack" comme on dit ici, par exemple un peu de friture tels que samosas ou beignets), mais ils ne proposent que des plats complets chauds. Or, j'ai mangé juste avant de partir à 17 h, et je ne me sens pas de remettre une dose d'épices dans mon estomac qui commence à me faire comprendre qu'il serait bon de faire la pause-piments... Je me contenterai d'un paquet de biscuits au chocolat et de boules de je-ne-sais-pas-quoi sucrées enrobées de graines. Pas mauvais, mais pas l'extase non plus... Je fais risette à la fillette et j'échange quelques mots en anglais avec la mère (même un peu fatigué, j'ai évité de faire l'inverse...). Et j'échange de grands sourires avec la grand-mère qui est là aussi ! La jeune femme me demande si je veux bien changer de place afin qu'elles soient réunies, ce que j'accepte évidemment.

C'est là que les ennuis commencent car mes voisins, deux jeunes occupant la couchette double en face, vont me faire passer une sale nuit. Ça débute par le smartphone que l'un écoute volume à fond. Cela me paraît incroyable que l'individu fasse comme s'il était tout seul dans le bus ! N'y tenant plus, au bout d'un moment je tire le rideau et lui fais comprendre que c'est un peu fort. Il s'excuse et baisse le volume... un peu... Finalement, il finira par éteindre l'appareil pour dormir. En ouvrant grand la fenêtre, ce qui provoque un courant d'air énorme balayant les rideaux de séparation individuels ! Je passerai le restant de la nuit à essayer de faire tenir mon rideau en place et à fermer celui d'en face pour éviter les courants d'air. Quelle nuit encore une fois !

Mais qui peut dormir dans un bus bringuelant ainsi (à part les Indiens) ?? (format mp4)

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