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Mercredi 5 décembre 2018

Lever vers 11 h après une mauvaise nuit comme je m'y attendais dans de telles conditions (décalage, bruit, chaleur, etc.). Je pars à la découverte, en plein jour, de la ville indienne en général et de celle-ci en particulier. Je marche beaucoup. C'est un peu la marque de fabrique de ce genre de voyage, et j'adore ça. C'est toujours au rythme d'un pas plus ou moins rapide que l'on rencontre le mieux d'après moi l'Autre et l'Ailleurs... La chaleur impose d'avoir toujours de l'eau sur soi, surtout que ce type de pays interdit de s'arrêter au premier robinet venu pour se désaltérer, sauf à posséder déjà dans ses intestins la collection complète des microbes et bactéries locales, ce qui est loin d'être mon cas ! L'eau en bouteille se trouve partout dans la rue, et les prix sont fixes, sauf bien sûr lorsque le vendeur décide d'appliquer la ristourne "touriste", soit entre plus cinquante et plus cent pourcents, ce que j'accepte en général vu les prix (10 Rs pour une bouteille de 50 cl et le double pour un litre). La seule inconnue réside finalement dans la température de l'eau.

Ma première destination est à cinq minutes de l'hôtel, où se trouvent un immense hôtel très célèbre, le Taj Mahal Palace, construit en face de la "Porte de l'Inde", sorte d'arc de triomphe situé sur le front de mer. Ce ne sont pas tant les aspects patrimoniaux qui m'intéressent pour le moment que l'ambiance et la vie de la rue. Je découvre la pression touristique en ce lieu fréquenté par beaucoup d'Indiens. Des bateaux partent du quai pour des croisières ou pour se rendre sur une île à une heure de là (le guide affirme que sa visite n'est pas incontournable et qu'il ne faut y aller que si l'on a vraiment le temps ; j'en déduis que ça doit être pas mal et que j'irai donc certainement...). En attendant, je note aussi les mendiants et les conducteurs de tchouck-tchouck qui ne cessent de réclamer tous deux, les seconds étant bien plus nombreux ! L'image de l'Inde pays du mendiant qui colle aux basques ne me semble pas évidente. Ils sont bien là, mais pas si nombreux que cela. Fréquenter n'importe quel centre ville en France ou les couloirs du métro parisien met face à cette réalité qui ne m'étrangle pas ici. Tout ceci reste à confirmer...

Vue sur l'hôtel Taj Mahal (blanc et gris à gauche) et la porte de l'Inde (à droite). Bien sûr, il est interdit de photographier du bateau, et comme partout en Inde ou ailleurs, on respecte les interdictions...

J'oublie ma casquette sur un banc lors d'une pause dans un parc. Je fais pourtant très attention à mes affaires, mais là ça n'a pas suffit. Le temps que je revienne sur mes pas, elle avait disparu. Je vais me mettre en quête d'un nouveau couvre-chef, à un prix défiant toute concurrence si possible, bien sûr. Je vois un vendeur à la sauvette proposer des paires de lunettes de soleil pour 100 Rs aux abords du parc. J'imagine qu'une casquette ne doit pas coûter beaucoup plus cher... Sous des arcades, des dizaines de petites boutiques proposent tout et n'importe quoi pour manger, se vêtir, faire sa toilette, etc. Quand je dis tout, je suis même surpris de voir dans ce pays affichés en pleine rue des godemichets et sextoys trônant sur les étals de plusieurs de ces vendeurs. (Du moins ça y ressemble fortement et j'ai du mal à voir ce que cela pourrait être autrement...) Je trouve une casquette et après une âpre négociation, je l'achète pour 200 Rs. J'imagine qu'elle n'en vaut même pas un quart (cela sera confirmé le dernier jour), mais là encore, je ne cherche pas le prix le plus bas. C'est surtout le jeu du marchandage qui est plaisant, et semble faire partie des mœurs...

Je continue mes pérégrinations en m'enfonçant dans le nord. Je cherche un "temple hindou", Google Maps indiquant sa présence quelque part dans une rue des environs. Avant cela, je dois me sustanter. Il est trois heures de l'après-midi et je n'ai encore rien avalé de solide. J'évite les vendeurs de rue pour l'instant. Je rentre dans ce qui me semble un restaurant convenable, m'installe à une table et tente tant bien que mal de paser commande en me faisant expliquer les plats. Hélas, mes craintes se confirment concernant l'utilisation de l'anglais dans ce pays. Au final, je ne comprends pas grand chose et finis par passer commander de chapati, d'un peu de poulet au curry et d'un verre de soda. C'est encore horriblement épicé ! Le poulet est très cuit, je pense que je ne risque rien de ce côté, ce qui est plutôt rassurant. Le prix de l'ensemble défie là encore toute concurrence : 170 Rs... Je repars après ce repas pour dragon et finis par me retrouver dans un quartier vraiment pourri, mais qui a pourtant l'air d'être tout à fait la norme dans cette ville. Le temple grandiose que je m'attendais à trouver est en fait une toute petite structure qui se détache à peine, en plein milieu d'une rue aux trottoirs inexistants et à l'activité motorisée soutenue : motos, mobylettes et voitures ne cessent de circuler. Je pensais que tout ce qui était estampillé "temple hindou" se révélerait un monument grandiose, mais je comprends en examinant plus en détail le plan qu'il existe des quantités de tels temples, probablement comme au Moyen-Âge en France les chapelles et les églises fleurissaient (Rouen, "La ville aux cent clochers carillonnant dans l'air..."). Je suis probablement loin du compte : les temples se comptent par centaines dans chaque grande ville et par milliers dans chaque région ! Toujours est-il que je reviens frustré de cette chasse au temple. Par contre, je découvre la ville profonde, sa misère, sans pour autant pouvoir parler encore de bidonvilles. C'est simplement un quartier comme un autre. Comment le qualifier : miséreux, pauvre, pas bien riche, moyen ? je n'en sais rien à vrai dire. Il ne donne pas envie d'y séjourner par contre, c'est sûr...

Maintenant je me dirige, toujours à pieds, vers une adresse que j'ai récupérée sur Internet et qui se situe plus à l'ouest. Je m'apprête donc à traverser la ville d'est en ouest. Une envie pressante me pousse à chercher des toilettes. Je me rends compte avec bonheur que ce n'est pas difficile à trouver. Je constaterai que quasiment partout sur mon chemin, on trouver facilement des toilettes publiques utilisables pour une modique somme (environ 2 Rs pour le prix normal, et jusqu'à 10 Rs pour la ristourne spéciale touriste, car dans ce pays bien sûr, on paye souvent à la (couleur de la) tête du client...). S'en suit une bonne marche à l'issue de laquelle je me retrouve sur le front de mer côté ouest. La plage est assez fréquentée mais personne ne se baigne. C'est un lieu apprécié des Indiens semble-t-il, et un lieu d'expression des romantiques comme le témoignent les nombreuses inscriptions gravées dans le sable...

Farandole de saris colorés sur le front de mer Cupidon indien s'est acharné sur la plage face à la skyline de Mumbai

Je m'approche du premier lieu de pseudo-pélerinage de ce voyage. Il ne présente aucune importance en lui-même mais puisque je suis à Mumbai (que je dois nommer ici Bombay puisque c'est sous ce nom que j'ai connu la ville par celui que je viens visiter), ce serait dommage de passer à côté sans le chercher. Je pars donc à la recherche du petit appartement où vécu jusqu'à sa mort en 1981 (lorsque la ville était encore connue sous le nom de Bombay...) Nisargadatta Maharaj1. Je sais par mes recherches sur Internet qu'aucune structure n'a pris le relais pour développer le lieu qui aurait été récupéré par des particuliers, mais il était suggéré aussi qu'on pouvait y jetter un œil si l'on demandait poliment. Je n'ai pas l'intention de faire le forcing pour entrer. Si l'occasion se présente, ce sera parfait... Le lieu ne se laisse pas trouver facilement. Je suis dans la rue indiquée, qui est plutôt longue même si elle n'est pas très passante, mais mes souvenirs de la photo vue sur Internet me poussent à croire que j'ai trouvé sans en être bien sûr. Je montre l'adresse à deux ou trois locaux, et je suis envoyé à l'autre bout de la rue. Finalement, je n'étais vraiment pas au bon endroit. Voyant que je suis en train de chercher quelque chose, un homme vient spontannément vers moi et m'interroge. Je lui montre l'adresse et sans bien comprendre ce qu'il me dit encore dans ce semi-anglais local, il finit par lâcher un "Maharaj ?" qui fait tilt. Oui ! C'est bien cela que je cherche. Il va m'y conduire. C'est l'esprit du sage qui me guide ! Le lieu ne correspond pas à mes souvenirs. J'ai un doute, mais je suis l'homme et me retrouve, après avoir emprunté un escalier très étroit, devant l'entrée d'un appartement dans lequel je suis invité à pénétrer après avoir laissé mes chaussures sur le palier. Je rentre dans une petit pièce rectangulaire sombre qui doit faire moins de trois mètre par cinq (au jugé) et suis accueilli par une femme installée dans un fauteuil. On me propose de m'installer sur une chaise face à un mur sur lequel figurent trois portraits, dont celui de Maharaj. J'interroge, un peu impressionné : "Alors c'est ici ?" "Oui, c'est ici..." J'examine la pièce sans parvenir à me convaincre que c'est bien là. Je crois comprendre que la femme est la belle-fille de Maharaj, celle avec qui il s'engueulait fréquemment aux dires des témoignages de ceux qui l'ont visité dans les années 70 et 80. Je ne ressens rien de particulier, la pièce est comme vide, sans vibration, désertée. Un tombeau sans atmosphère... Je ne me sens aucune envie d'y rester plus longtemps, surtout que mon hôte doit avoir vu passer du monde en vingt-cinq ans et je n'ai pas envie de lui imposer ma présence plus longtemps. Je prends congé. Je la remercie chaleureusement pour son accueil, récupère mes chaussures et me fait raccompagner par l'homme qui m'a guidé.

Je me retourne une dernière fois en me baissant pour passer la porte d'entrée, puis je lève les yeux vers l'appartement quand je suis à l'extérieur et remercie également l'homme, en qui je vois un dévoué serviteur de l'Advaita, pour m'avoir permis de trouver mon chemin. Je comprends qu'il attend un petit quelque chose. Je m'offusque intérieurement qu'on demande de payer pour ce service qui devrait être un acte de "pure dévotion" par respect pour le grand sage. Je le remercie une nouvelle fois très sincèrement puis tourne les talons. Je ne me rends pas compte qu'à ce moment précis, je suis en pleine confusion de deux niveaux fort différents. J'ai donné 10 Rs à une mendiante hier, je donnerai volontiers des pourboires ici ou là plus tard, mais à cet instant, je trouve la demande déplacée. Le pauvre bougre ne comprend pas cette réaction lui non plus, et part en bougonnant dans sa barbe. Il me jette probablement un mauvais sort, ou bien m'insulte... Et je ne peux pas lui donner tort, il avait droit à ses roupies, mais en plaçant cette histoire à un niveau trop "élevé", je n'ai pas su voir qu'il avait évidemment agi de façon intéressée. Ce n'est que plus tard, en réfléchissant à cet épisode qui me retourne également sur le coup, que je le comprendrai. La moralité de cette mésaventure est simple : même en y étant sensible, on peut toujours confondre les différents niveaux de la vie et s'y empêtrer. Une leçon à méditer...

Je retourne dans le centre plus au sud par la même ligne de chemin de fer empruntée hier depuis l'aéroport et qui a son terminus à Church Gate. Aujourd'hui, j'ai remplacé le plan imprécis du guide par une carte Google Maps téléchargée avec le Wifi de l'hôtel car le GPS n'a pas besoin de réseau pour fonctionner et me localiser parfaitement sur l'application. Ça marche à merveille et je sais toujours précisément où je me situe. Je n'ai donc plus de problème d'orientation comme hier matin...

Climatisation naturelle dans les transports en commun. Les trains et les bus roulent souvent les portes grandes ouvertes, d'un côté comme de l'autre...

Sur le chemin du retour, après m'être badigeonné de répulsif antimoustiques dès la nuit tombée, je décide de manger un hamburger dans une chaîne internationale (Burger King). Le but est de manger un peu de nourriture non épicée. Hélas ! je me rends vite compte que même la restauration rapide américaine a été dévorée par les us et coutumes culinaires locales. Le morceau de poulet de mon sandwich (encore et toujours de la volaille ! Très peu de bœuf à manger dans ce pays) baigne dans de la sauce piquante. Heusement, il me reste les frites... Je rejoins l'hôtel après un arrêt dans une pharmacie. Cette fois, je dois m'acheter du shampoing. Ce n'est pas trop difficile à trouver même s'il y a dix fois moins de choix dans cette boutique que dans le rayon cosmétique de n'importe quel supermarché français (nous adorons la multiplicité !). Ces "pharmacies" (clairement identifiées comme telles) sont assez surprenantes car elles vendent aussi bien des produits sur ordonnance que des paquets de biscuits assez peu diététiques...

Je croise Bernard avec qui j'échange un peu sur l'Inde et sa malencontreuse expérience. Il m'annonce la bonne nouvelle : ses papiers sont prêts et il a pu trouver une place dans un vol de Jet Airways qui part cette nuit. Il va se rendre à l'aéroport, et j'espère que je ne le verrai pas revenir demain ! En attendant, je retourne faire une promenade nocturne dans le quartier. Je croise le patron de l'agence de voyage qui me reconnaît dans la rue (pas de chance...) et vient vers moi. Je lui explique que son offre ne m'intéresse pas et je le remercie. En entendant mes réticences à "saisir son offre", il commence déjà à m'inviter à le suivre pour en discuter, et c'est à peine s'il ne m'entraîne pas par le bras. Je coupe court à toute discussion car si je ne suis pas assez ferme, je vais passer la soirée à marchander ! Je le remercie et je prends congé. Je crois qu'il me maudit également en s'éloignant. Décidémment, c'est la journée...

Je passe la deuxième nuit dans mon hôtel-dortoir. L'isolation phonique est quasi-nulle. La réception se trouve au bout du couloir sur le palier où le gardien regarde la télé jusqu'à pas d'heure et j'ai l'impression qu'elle hurle dans ma chambre porte fermée, mais quand je passe le nez dans le couloir, je m'aperçois que le niveau sonore est plutôt modéré. C'est à n'y rien comprendre. Ou alors juste que je n'ai pas le droit de trop me reposer dans ce pays si bruyant...


1 Un reportage sur Youtube pour en savoir plus sur Maharaj...


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