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Le réveil est difficile car la nuit a été très mauvaise. Je me sens toujours nauséeux. J'aimerai prendre une boisson chaude, alors je descends dans le restaurant de l'hôtel pour commander un thé noir. Il est assez tôt, et j'ai droit à trois personnes aux petits soins pour moi (comme je l'ai déjà remarqué, il y a souvent autant voire plus de personnel que de clients dans ce genre d'endroit). On m'apporte rapidement une boisson à peine chaude et pas très bonne. Après avoir vidé la moitié de ma tasse, je me dis que l'eau vient certainement du robinet et n'a peut-être même pas bouilli vu la température du breuvage ! Hum... était-ce une bonne idée ? Il est trop tard, je termine et je me dis que le mieux à faire est de retourner au temple prier Shiva !
Je sors pour faire un nouveau tour dans le lieu saint, préférant ne pas trop m'éloigner de l'hôtel, au cas où... J'y découvre un endroit que je n'avais pas visité hier : une salle entière consacrée à Ramana, où celui-ci passa quelques temps à son arrivée dans la ville, méditant dans une crypte maintenant close et transformée en lieu d'adoration. Des panneaux sur les murs racontent sa vie. C'est très bien documenté et instructif. Je vais traînailler dans les environs encore jusqu'à 14 h 30. Je continue ma diète composée d'une tranche de pain de mie et d'une banane de temps en temps, en mâchant lentement et sans me forcer trop sur la quantité. Une boutique "officielle" vend de quoi se restaurer aux pélerins à l'intérieur du temple. M'approchant, je constate que la vue et l'odeur de toute cette nourriture continue de me soulever le cœur ; moins qu'hier, mais ce n'est pas encore le grand appétit !
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À l'intérieur du temple | ![]() |
Offrandes et dévotions à une statue en forme de vache |
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Maquette du temple (face avant = Est) | ![]() |
À l'intérieur du temple |
Je reviens à l'hôtel pour me reposer un peu. En fin d'après-midi, ça va mieux. Je n'ai pas eu besoin de retourner aux toilettes, et vu le peu de nourriture que j'ai ingurgité ces dernières vingt-quatre heures, je pense que je ne vais pas y aller avant quelques temps. De ce côté, je suis plutôt confiant, ce qui me permet d'envisager un départ d'ici demain pour Pondicherry. J'avais prévu initialement de rester une petite semaine dans ce que j'avais imaginé ou fantasmé être un petit village tranquille à quelques pas d'un ashram tout aussi paisible pour me "ressourcer" et profiter de promenades dans la montagne. Mais Shiva en a décidé autrement... Je ne me sens pas retenu dans ce lieu, comme si j'avais déjà absorbé tout ce que je pouvais accepter à ce moment. J'ai même l'impression qu'il est grand temps que je m'en aille ! Eh bien soit. Amen...
Je sors faire un dernier grand tour dans la ville en fin d'après-midi, avec l'idée de réaliser quelques statistiques (oui : quelques études...). Je suis vraiment curieux de savoir combien de pélerins visitent le temple dans une journée. Je me poste près de l'entrée et je commence à compter. C'est un lieu très fréquenté, les vendeurs sont partout et je ne tarde pas à attirer leur attention : qu'est-ce que je peux bien fabriquer planter là, au lieu de rentrer ? Hé hé ! je dénombre. Ça arrive par grappes de dix ou vingt individus, puis au compte-gouttes, ensuite plus personne durant quelques secondes avant que ça reparte de plus belle ! En 15 minutes, je compte 286 personnes ayant passé l'immense porte. C'est phénoménal : il est cinq heures, et il rentre encore presque 20 personnes par minute, soit près d'une toutes les trois secondes. Si j'extrapole, ça fait plus de 1000 personnes par heure ! Et sachant que le temple est ouvert dès 5 h du matin et ferme à 21 h 30... Bigre ! L'hindouisme avec ses rites parfumés, ses saddhus errant pieds nus dans un dénuement total, ses vaches et ses singes que l'on honore, ses cendres sur le front ou sur le corps, c'est loin de n'être que du folklore ! La visite d'un lieu tel que ce temple fourmillant toute la journée permet de faire coller l'imaginaire et les reportages avec la réalité. Enfin...
Je change d'endroit pour la prochaine étude. Direction l'un des carrefours du centre-ville, non loin du temple. Ce n'est pas le plus grand, le plus large, loin s'en faut, mais il est extrêmement fréquenté. Je m'installe au bord de la rue — tout au bord, si bien que je dois faire attention à mes jambes quand un bus tourne en coupant un peu le virage... — sur un plot en béton qui sert de support à un poteau électrique. Et là, je compte les véhicules à moteurs. En 5 minutes passent : 7 bus, 30 véhicules particuliers (dont quelques petites camionettes), 28 trois-roues (tchouck-tchouck) et... 250 deux-roues ! Grand gagnant, la motocyclette (toutes cylindrées confondues). Les chiffres à l'heure sont encore plus vertigineux : 90 bus, 360 voitures et presque autant de tchouck-tchouck, et... 3000 deux-roues ! Et je n'ose même pas pensé au nombre de particules fines que j'ai inhalées pour réaliser cette statistique. Mais bon, des particules fines indiennes et probablement sacrées, tout de même...
| Les boules Quiès sont heureuses de vous offrir 30 secondes de vacarme indien... (format mp3) | La rue indienne, ou le capharnaüm organisé ! (format mp4) |
Retour à l'hôtel, nouveau petit repas frugal composé de deux tranches de pain de mie, une banane et une clémentine. Je commence à me demander sérieusement si trois semaines, ce n'est pas un peu trop pour ce genre de voyage... en mode routard... à mon âge ! Je me prends à rêver de la fin de ce périple, de la destination finale, de l'aéroport... On verra bien, en attendant, je me couche tôt pour me lever de bon matin demain, en espérant être frais et dispo pour continuer le voyage ! Je suis confiant...
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Au soleil couchant, au revoir au temple avec la montagne d'Arunachala en arrière-plan | ![]() |
Quand quelqu'un reçoit vraiment un appel de Lui... |
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