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Vendredi 21 décembre 2018

Je fais le trajet jusqu'à Chennai en deux heures d'omnibus (péri)urbain qui me revient à 50 Rs. On embarque des collégiens et des lycéens qui se rendent dans leur établissement à quelques kilomètres, des hommes d'affaires, des femmes transportant des sacs remplis de provisions, et même un individu qui joue à Candy Crush sur son smartphone !... Bref, tout est normal ! De la gare routière, je commence une longue marche en remontant une large avenue vers un coin qui me semble un peu "chic" dans le but d'y trouver un logement décent pour cette dernière étape. Mais l'idée que je m'étais faite du coin à partir du guide est, comme souvent, erronée. Il y a bien des hôtels de bon standing, mais on est là dans le top ! Je me rabats sur ma seconde idée : remonter vers Egmore Station un peu plus au nord pour voir les adresses conseillées par le guide. Je finis, après plus de deux heures de marche au final, à trouver un hôtel qui semble calme et offre une chambre grand luxe pour 2 500 Rs. J'y resterai mes deux prochaines et dernières nuits indiennes, puisque dimanche soir je me rendrai à l'aéroport, l'avion décollant (aurait dû décoller...) à 1 h 45 lundi matin.

Dernière chambre grand luxe ! C'est le grand jeu de la loterie des interrupteurs : avant d'arriver à allumer la petite lampe de chevet, on met en marche le ventilateur, on débranche son téléphone et on éclaire toute la pièce. En pleine nuit, c'est plutôt désagréable...

Il y a plusieurs choses à visiter dans cette ville, mais elle est immense, comme Mumbai, et je ne compte pas passer mon temps dans les transports. Je pars vers la Theosophical Society, au sud du centre-ville. Mon plan est d'attrapper un train de la gare d'Egmore (je loge en face, de l'autre côté d'une artère très animée, mais l'hôtel est situé dans une grande cour intérieure et je n'entends pas les bruits de la circulation), mais une fois à l'intérieur, la longueur des files d'attente me refroidit. Alors que j'erre un peu désœuvré près des quais, un policier me fait la causette : d'où je viens, etc., puis me demande où je veux aller. J'explique que je voudrais prendre le train pour me rendre dans le sud de la ville mais il y a trop d'attente aux guichets. L'homme finit par m'avouer qu'il vient juste d'arriver dans le coin et qu'il ne sait pas trop comment m'aider. En dernier ressort, il me conseille de prendre un taxi... Eh bien je vais me débrouiller seul, comme d'habitude. J'ai vu qu'il y avait un métro dans cette ville et qu'Egmore était l'une des stations. Je parviens à trouver l'entrée, située de l'autre côté des quais, et je prends un ticket pour la station qui semble être le plus proche de ma destination.

Le métro est tout neuf mais complètement désert. Pourtant, les tarifs me semblent bon marché, même s'il y a peu de rames par heure. Je comprends rapidement qu'une partie de la ligne est encore en construction. Je dois repartir dans l'autre sens pour aller chercher la deuxième ligne par le sud. Finalement, il me faut presque une heure pour sortir et retrouver la lumière, et surtout — enfin ! — le bruit, la chaleur et la pollution ! J'aurai au moins pu voir que le métro fonctionne (le guide concilie les extrêmes en se disant toujours à la page mais en étant toujours en retard de quelques années) et que je pourrai l'emprunter pour me rendre à l'aéroport samedi soir, ce qui devrait éviter les problèmes liés au train ou les aléas de circulation des taxis et tchouck-tchouck...

Je pensais faire le reste du trajet à pieds, mais je me rends compte après une bonne demi-heure de marche (et le ventre rempli par deux clémentines et une bannane et demie) que je suis très loin d'avoir atteint la destination car la ville est très grande et les distances importantes (j'ai dû faire un quart du trajet à peine). Je vais devoir renoncer car il se fait tard et l'endroit où je me rends ferme ses portes au visiteur à 16 h, dans trente minutes. Quelle après-midi enrichissante ! Je me rends compte que je dois changer mon fusil d'épaule car où que je veuille aller, c'est loin. Je change encore de l'argent et décide à partir de maintenant de vivre comme un prince : je ne me déplacerai plus qu'en tchouck-tchouck ou en taxi pour les longs trajets. Que la fête commence !

Des panneaux éducatifs...

Je cherche des boutiques indiquées dans un guide de 2014 dont j'ai arraché les pages, mais je ne trouve rien ! Dans les pays où le paysage urbain et commercial change constamment, un guide un peu daté n'est d'aucune utilité... Je me rends dans le magasin de souvenirs d'Auroville. "Hep tchouck-tchouck ! C'est combien pour aller à... ?" Je fais des petits sauts pour me rendre ici ou là, quelques dizaines de roupies à chaque fois. Il me reste beaucoup d'espèces, alors je ne cherche pas trop à marchander. Ce seront les chauffeurs qui seront les grands gagnants de mon séjour en Inde. J'aurais pu faire cela dès le départ, je ne suis pas sûr que mon budget global en aurait été affecté, mais ça fait partie du jeu aussi de marchander (on raconte même que dans certains pays, c'est mal vu de ne pas discuter...).

Je dîne dans un immense restaurant populaire à côté de l'hôtel. C'est une véritable usine. Face à moi, sur la même table vient s'installer un homme qui avale son thali en quelques minutes, mangeant comme quasiment tout le monde en Inde, avec sa main droite en faisant des boulettes entre ses doigts avec le riz et en "sauçant" les légumes avec sa galette. Pour ma part, je découvre ce que signifie dosa. Il se trouve que je ne suis pas fana, et qu'en plus je me retrouve avec la taille XXL (j'ai commandé le plus cher de la carte car j'ai maintenant plein de roupies à dépenser avant dimanche soir). L'addition me réserve une mauvaise surprise : on essaie de me refiler trois pièces de 10 Rs, du même type que j'ai reçu en début de séjour et qu'on m'a refusé plusieurs fois, jusqu'à ce que je comprenne qu'elles ne sont plus valables. J'appelle le garçon et je secoue la tête vigoureusement en montrant les pièces : "Not good, not good !" Le message est passé, on m'apporte des billets. Et voilà comment on perd un pourboire. Dommage, j'étais disposé à faire ce soir preuve d'une grande largesse...

Egmore Station

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